Réforme de l'ISF : le gouvernement pris au piège des "signes ostentatoires"

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

La polémique enfle sur la sortie du calcul de l'ISF de certains signes ostentatoires de richesse comme les yachts ou les voitures de luxe. L'exécutif fait marche-arrière.

Au départ, le gouvernement pensait avoir trouvé l'argument imparable pour justifier l'allègement de l'ISF. On continue de taxer l’improductif, comme l’immobilier, mais on sort de l’assiette le potentiellement productif, autrement dit tout ce qui représente de l’argent pouvant être investi dans l’économie réelle. Aucun problème de cohérence : c'était raccord la promesse présidentielle.

Pas de nouvelle version de l'ISF. À Bercy, on s'est pourtant montré distrait : on visait dans le productif les placements financiers ou les liquidités, mais on a refusé de voir le "m’as-tu vu", comme l’a appelé le rapporteur macroniste du budget, Joël Giraud. Il s'agit de ces fameux "signes ostentatoires" de richesse, appelés en d'autre temps le bling-bling, sur lesquels le sentiment d’injustice s’est cristallisé. Yachts, lingots, pur-sang et jets privés seraient donc productifs ? Le gouvernement a eu toutes les peines du monde à le justifier.

Et après les tentatives d'explications, comme le Premier ministre l'a fait jeudi soir avec sa volonté d'"assumer", l'exécutif va rétro-pédaler. Dimanche, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin ont dit avec des mots différents la même chose : d'accord pour taxer de nouveau ces signes ostentatoires, mais pas en les réintégrant dans l'ISF. Au contraire, il s'agit de jouer sur les taxes existantes : ici un malus pollution pour les Ferrari et les autres grosses cylindrées, là des taxes aéroportuaires pour les jets privés… Les parlementaires ont récupéré la patate chaude, à eux maintenant de relire entièrement le code des impôts épais de 600 pages pour trouver la bonne taxe correspondant au bon produit.

Deux gros risques pour l'exécutif. La polémique va-t-elle se tasser ? Pas forcément. Car en confiant cette marche-arrière à une majorité dubitative, le gouvernement a ouvert deux boites de Pandore. Premièrement, il est à parier que va s’ouvrir la foire-fouille des idées les plus farfelues, car qu’est-ce qu’un signe extérieur de richesses ? un yacht, mais à partir de combien de mètres ? un diamant mais à partir de combien de carats ? et pourquoi pas un meuble, signé ? un vêtement, griffé ? Les amendements de la discussion budgétaire vont être un régal pour les poètes et les experts-comptables.

Et puis surtout, un cadeau repris a des effets bien plus désastreux qu’un cadeau qui n’a jamais été donné ! Tous ceux qui vivent de cette industrie du luxe vont monter au créneau : si vous re-taxez les yachts, ce sont les chantiers navals que vous fragilisez et l’économie d’une région que vous ciblez. Le débat est forcément "piégeux". Seule bonne nouvelle pour le gouvernement : pendant qu’on s’écharpe sur la longueur du yacht et de la grosseur du diamant, il échappe au vrai débat de fond, celui de la justice et de l’injustice fiscale de son projet de budget 2018.