Le "bordel" de Macron : un signe de plus d'un président déconnecté

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Hélène Jouan revient sur le bazar né dut mot "bordel" prononcé par le président de la République en début de semaine.

Pourquoi tomber toujours dans le même panneau ? Annihiler de son propre fait ce qu’il entend construire et démontrer ? Il a suffi qu’Emmanuel Macron prononce "foutre le bordel" pour que rien d’autre ne soit audible, et que le "président des riches" gagne un galon de plus sur ses épaulettes de "président qui déteste les pauvres".

"Bordel" qui s'ajoute aux "fainéants", "illettrés",... Ce n'est pas franchement ce que le chef de l'Etat visait dans une séquence construite justement pour corriger l’image née de la polémique sur l’ISF. Il faut dire que la répétition fait le larron. Ce "bordel" imputé à des ouvriers en difficulté qui préféreraient manifester plutôt que de retrouver un boulot, est venu après "illettrés", "alcooliques", "fainéants", "ceux qui ne sont rien". Une litanie qui finit par ressembler à une comptine et qui, un jour ou l’autre, sera mise en musique et vendue comme le tube du président. "Mépris de classe, arrogance sociale, sarko bcbg", lui ont aussitôt reproché tous ses opposants.

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Des regrets... Jeudi, l’Elysée a fait savoir que le président regrettait ce mot et préférait celui de "désordre", tout en assumant l’idée de fond. Alors oublions la forme pour le fond. Ce que le président défend, et assume donc, c’est que l’Etat ne peut pas tout, que tous les emplois ne sont pas sauvables, que la puissance publique est là pour libérer les entrepreneurs de leur carcan mais que les salariés doivent accompagner cette mutation en faisant eux aussi des efforts. Un discours qui peut s’entendre, qui est même approuvé par une partie de l’opinion. Quand y a du boulot quelque part, on le prend ! Raisonnement implacable sur le papier, mais qui perd de son efficacité parfois dans la vraie vie.

... insuffisants pour ceux qui souffrent au quotidien. Qu’un ex salarié de GM&S menacé de licenciement accepte un emploi dans une fonderie à Ussel, ça semble tomber sous le sens. Sauf si on réalise que faire le trajet tous les jours, c’est 1h50 l’aller en voiture par la nationale, 3 heures s’il prend le train de 6h09 en gare de la Souterraine. Sauf si on imagine qu’il lui suffit de déménager. Un peu de mobilité que diable ! Mais alors sa femme perd son job ? La pensée complexe revendiquée par le président devrait s’accompagner d’une vision de la réalité plus complexe qu’il ne semble le croire.

Au final, que retiendra-t-on de cet épisode ? Un mot de plus peut-être qui va s’ajouter au refrain de la future chanson, mais surtout un procès qui se nourrit de jour en jour contre Emmanuel Macron : celui d’un président hors-sol, déconnecté d’une France non-parisienne, non mobile, non digitale, non super-diplômée apte à sauter d’un emploi à l’autre comme on change d’arrondissement. Moins du mépris social, que de la méconnaissance des Français.