Non, l'ancien monde n’est pas mort, il n'a même jamais disparu

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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On croyait être entré le 7 mai dernier dans un nouveau monde de pratiques politiques, dépoussiéré des petits arrangements entre amis voire entre adversaires, et pourtant… 

L’ancien monde n’est pas mort. Avec ses bonnes vieilles techniques politiciennes, il bouge encore. La scène s'est déroulée à L'Elysée, le 14 octobre : en début de soirée, une voiture arrive discrètement au palais par la grille du Coq, c’est Gérard Larcher. Le président du Sénat et le président de la République s’enferment pendant près de deux heures. Un tête à tête pour parler réforme institutionnelle. Les deux hommes passent en revue le projet du chef de l’Etat. La CJR, c’est bon, pas de soucis majeur, la réforme du CSM, pareil, mais le non-cumul dans le temps, ça coince. Pour Gérard Larcher, c’est niet. Emmanuel Macron se montre ouvert, il n’a guère le choix. Une porte de sortie se dessine déjà : promulguer le non-cumul pour les parlementaires, mais laisser les élus locaux tranquilles. Les deux hommes ne topent pas, ils se reverront, mais ils se séparent sereins. On peut toujours trouver des solutions…

Une vision volontairement simpliste. C’est l’une des réformes institutionnelles les plus ambitieuses de notre histoire récente et elle se règle, elle va se régler, les yeux dans les yeux, entre deux hommes, pour ainsi dire "à l’ancienne". Car le président est bien obligé parfois de pratiquer de la bonne vieille politique, avec des "deals" comme celui passé avec Gérard Larcher, et qui ont toujours existé. La ficelle était très grosse depuis le début, mais aujourd’hui il faut vraiment être le plus dévot des marcheurs pour rester dupe. Emmanuel Macron se fait volontairement simpliste lorsqu’il oppose l’ancien et le nouveau monde. C’est un argument dont il use et abuse tant il est performant, mais la situation n’est pas si tranchée.

Une fausse révolution des pratiques ? Le renouvellement massif du personnel politique est une réalité, la mise à mal du vieux clivage droite-gauche aussi, un soucis constant de promotion de la transparence également. Mais que l'on arrête de nous vendre une révolution radicale des pratiques. Organiser un vote factice pour faire comme si celui qui a été désigné avait été élu, c’est vieux comme la SFIO. Et sans remonter aussi loin, c’est exactement ce qui s’était passé en 2014, quand François Hollande a remplacé Harlem Désir par Jean-Christophe Cambadelis à la tête du PS, et qui était allé se chercher une onction démocratique à laquelle personne n’a crue devant un Conseil national. Tout cela ne veut pas dire que l’intention d’Emmanuel Macron de tout dépoussiérer est feinte ou bonne à jeter aux orties, pas du tout, mais l'on constate qu'il faudra peut-être plus longtemps que prévu. Le nouveau se monde, ça ne se décrète pas.