Universités : fini l'APB, place à la "sélection"

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, a admis jeudi qu’elle n'avait rien contre la sélection aux entrées de l'université. Un changement de paradigme qui ne devrait pas se faire sans heurts. 

La plate-forme Admission Post Bac vit ses dernières semaines. Le gouvernement a engagé des concertations afin de la remplacer et c’est un changement assez radical qui s’annonce. Or, APB avait un immense avantage : on savait qui était coupable de ses ratages. Les 67.000 bacheliers sans affectation mi-juillet, les 3.700  aujourd’hui toujours en déshérence dans le système : l’algorithme bien sûr ! Ce langage abscons pour le commun des mortels, qui dans le secret de son code, envoie des jeunes gens en Psycho à Toulouse quand ils ont demandé Médecine à Paris, Histoire à Lille quand ils se voyaient en Staps à Marseille, nulle part enfin pour certains d’entre eux.

L'algorithme a bon dos. Ceux d’ailleurs qui restent sur le carreau aujourd’hui sont  très largement des bacheliers des filières professionnelles et technologiques, un hasard, vraiment ? On peut convenir que l’algorithme a bon dos. D’autant que quand celui-ci avait mouliné tout ce qu’il pouvait, dans les filières aux places très restreintes, il cédait sa place à un autre système : le loto. Le tirage au sort, injustice des injustices. L’opacité d’APB a souvent été dénoncée. L’an dernier, un coin de voile avait été levé. Avec un succès très mitigé.

La CNIL, commission informatique et libertés, a sommé jeudi le gouvernement de changer de système. Ce qu’il s’était engagé à faire. Alors, il y aura toujours un système informatique, on ne va pas en revenir au système Ravel et au Minitel, on va changer son nom pour faire oublier APB, mais c’est en réalité un changement de paradigme qui va s’effectuer.

Le spectre de la "sélection". Il y a une phrase qui a été prononcée jeudi  par la ministre de l’Enseignement supérieur qui va tout bousculer. Frédérique Vidal a dit hier "je n’ai aucun problème avec la sélection". Avez-vous entendu ce que dit Frédérique Vidal ? Que les algorithmes, ce n’est pas le problème. Que la démographie étudiante, galopante ces dernières années, près de 40.000 étudiants supplémentaires par an, l’équivalent de la fac de Poitiers, ça ne va pas gérer en créant de nouveaux amphis ou en recrutant des profs.

Non ce que le gouvernement entend assumer, c’est qu’il s’agit désormais de choisir les élèves les plus "motivés", disposant des acquis pour réussir dans telle filière. Les autres ? On ne sait pas bien encore, mais c’est clair : "l’université ne peut accueillir toute la misère de la jeunesse", pour paraphraser une phrase célèbre.

"Sélection", le mot est donc prononcé, à bas bruit pour l’instant, mais le jour où il sera entendu, notamment des organisations syndicales étudiantes, il se peut qu’il soulève plus beaucoup plus d’opposition que le code source abscons d’APB !