Hélène Jouan vous parle politique du 04/09/017

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Hélène Jouan évoque un sujet précis de la vie politique.

C’est la rentrée ! Les élèves ont repris le chemin de l’école et les Français ceux de leur travail. Avec à Paris, quelques nouveautés.

La photo a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux ces derniers jours : le long des quais de Seine rive droite, une des voies qui traverse la capitale d’Ouest en Est, une file de voitures, au ralenti, longeant la toute nouvelle piste cyclable, vide. Et ce commentaire ironique : "Non, c’est bien la fluidité". Ce n’est pas fini, bientôt d’autres axes importants vont être restreints à la circulation. Après le hola des voitures roulant au diesel, c’est un nouveau pas vers l’objectif affiché par Anne Hidalgo : diviser à terme par deux la pollution de l’air à Paris. Mais en cette rentrée, Parisiens et Franciliens qui viennent travailler à Paris ne constatent qu’une chose : c’est l’enfer de circuler !

Donc Anne Hidalgo est coupable, forcément coupable ?

Non. D’abord parce qu’elle n’est ni la seule ni la première à s’engager dans cette voie. Bertrand Delanoë avait initié le virage "contre le Tout Bagnole", d’autres villes européennes l’ont négocié, d’Oslo à Bruxelles, de Londres à Copenhague. L’actuelle maire de Paris a fait de la lutte contre la pollution atmosphérique, et donc contre le réchauffement climatique, un marqueur de son mandat. Lors de la Cop 21, elle était à l’initiative d’un rassemblement inédit des maires des plus grandes villes du monde pour dire leur engagement commun. Certaines de ces grandes métropoles américaines mènent d’ailleurs aujourd'hui le combat contre le retrait de Donald Trump de l’accord de Paris. Que l’élue assume ses responsabilités politiques, celle de préserver la santé de ses habitants et celle des générations futures, formidable ! Anne Hidalgo l’affirme : "un jour, les politiques qui savaient mais n’ont pas voulu agir seront mis face à leurs responsabilités. Je préfère être du bon côté de l’histoire".

Donc Anne Hidalgo a raison !

Non plus ! Mais là on rejoint une problématique qui se pose à tout responsable politique. Avoir raison sur le temps long, c’est une chose. Mais prendre en compte les problèmes quotidiens actuels, et les régler, c’en est une autre, toute aussi impérative. Anne Hidalgo parie sur "l’évaporation" progressive de la circulation : à nous de changer nos habitudes. Encore faut-il que la puissance publique donne à chacun les moyens de le faire.

En imaginant "en même temps" la diminution de l’usage de la voiture et des solutions alternatives : parkings en périphérie, élargissement de l’offre de transports publics propres, encouragement efficace à l’auto-partage. Afin que ceux qui ne sont pas opposés à cette révolution, pas forcément réacs ni pollueurs par plaisir, mais qui vivent juste en banlieue, qui sont juste un peu âgés pour goûter aux joies du vélo, ou qui doivent quotidiennement transporter leurs enfants s’y retrouvent. Il faut donc au minimum faire coïncider les restrictions de circulation avec les nouvelles offres de transports, dépasser aussi les conflits stériles entre la Ville, la Région et le Syndicat qui gère ces transports publics. On connaît les dégâts du "ras-le-bol fiscal" : au regard de l’enjeu historique qu’il y a à limiter le réchauffement climatique, ce serait regrettable de susciter un "ras-le-bol écologique".