La guerre des présidents avec leurs prédécesseurs, une stratégie classique et risquée

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Le torchon brûle entre François Hollande et Emmanuel Macron, qui jouent depuis plusieurs jours au jeu des critiques sur leurs politiques, passé et présente.

Depuis quelques jours, la vie politique française est suspendue à la concurrence de deux hashtags concurrents : "#balance çui qu’était là avant" versus "#balance çui qu’a pris ma place". Vous aurez reconnu sur la même timeline, Emmanuel Macron et François Hollande.

Passes d'armes. Dimanche soir, c’est Emmanuel Macron qui a relancé les hostilités, ouvrant sa première interview télé en fustigeant "la politique bavarde de son prédécesseur". Pas une fois, il ne s’est abaissé à prononcer le nom de François Hollande, mais il l’a pris à partie à plusieurs reprises au cours de l’émission. Quelques heures plus tard, sans plus le nommer, son prédécesseur lui a répondu de Séoul, mettant en cause une fiscalité à deux vitesses, histoire de grossir un peu plus le trait du "président des riches". 

Enfin, mercredi, le coup du boomerang est venu du conseil constitutionnel, qui a invalidé la taxe sur les entreprises mise en place sous le quinquennat précédent. Une facture de 10 milliards que le gouvernement actuel est chargé de rembourser. "Amateurisme juridique de François Hollande", a immédiatement dénoncé son porte-parole, Christophe Castaner.

Ce n’est plus un débat politique, ni même une histoire de hashtag, c’est Roland-Garros : on tourne la tête à droite, à gauche, passing, smash et balle de match. Avant le prochain jeu.

Rompre avec son prédécesseur, un classique. Qu’un président s’inscrive en rupture avec l’action de son prédécesseur est finalement assez banal. Nicolas Sarkozy avait traité Jacques Chirac de "roi fainéant" et a exercé une présidence hyperactive aux antipodes de la précédente. François Hollande a été élu parce qu’il était l’anti-Sarko. Et Emmanuel Macron n’a d’autre choix que d’effacer à tout prix, tout lien de filiation avec celui pour qui il a pourtant travaillé.

Une stratégie risquée pour Macron ? Mais à chaque fois, leurs postures les poussent à commettre des erreurs : Hollande avait tenté de jouer au président normal par fidélité au candidat normal qu’il avait été, ce ne fut pas sa plus grande réussite. Aujourd’hui Emmanuel Macron croit jouer sur du velours en s’affichant comme l’antonyme du Hollandisme, en matière de style comme de choix fiscaux. Électoralement, c’est sans grand risque pour l’instant. Pour autant, il peut lui aussi s’abîmer dans l’exercice. S’il est gagnant sur le terrain de l’autorité, son arrogance tend aussi à souligner son manque d’humanité.

Sarkozy, modèle de Macron ? En petit comité, François Hollande dit craindre que "la brutalité, tant personnelle qu’économique d’Emmanuel Macron, réveille les tensions dans la société française". Mercredi, en s’affichant comme "le premier flic de France", le président actuel a marqué sa préférence, son modèle… Et ce serait plutôt un certain Nicolas Sarkozy. Emmanuel Macron est allé jusqu’à paraphraser sa petite phrase sur la police de proximité, "pas faite pour jouer au foot avec les jeunes".

Jeudi dans Le Parisien, Richard Ferrand tente de dessiner Emmanuel Macron comme le syncrétisme de tous les présidents de la Vème, de la vision de de Gaulle aux Lettres de Mitterrand. De Hollande, il n’aurait gardé que "l’humour". Pas sûr que ça calme les tensions.