La France se veut exemplaire sur le glyphosate, mais à quel prix ?

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Les Etats membres de l’Union européenne ont autorisé lundi pour cinq ans de plus l’utilisation du glyphosate. La France s'est mise en porte-à-faux de cette décision.

"C’est le victoire du buisness sur la science" a immédiatement tweeté l’eurodéputé écolo José Bové, alors que l'UE validait la ré-homologation du glyphosate pour cinq ans. Coupable donc le buisness, mais pas que. C’est d’abord l’Europe qui a été montrée du doigt. Sauf que cette fois, ce n’est pas la Commission de Bruxelles la coupable, mais bien les Etats membres, dont les représentants sont aux dernières nouvelles des émanations démocratiques.

Les aléas de la démocratie. Avec une majorité qualifiée -18 pays qui représentent 65% de la population européenne - cette décision a donc tous les atours de la démocratie. Avec un bémol : cette majorité n’a été acquise que grâce au vote du Royaume-Uni. Sympas les Anglais de nous laisser avec notre poison avant de s’en aller. Mais de quoi se mêlent-ils ? Une majorité obtenue grâce aussi au revirement des Allemands, soupçonnés d’avoir privilégié leurs intérêts industriels plutôt que la santé : le chimiste allemand Bayer rachète Monsanto. Au passage, le vote a provoqué un schpountz en interne entre la ministre allemande SPD de l’Environnement et son collègue CSU de l’Agriculture, un grand classique, on a les mêmes chez nous.

Les experts divisés. La question soulevée par cette autorisation, c’est aussi celle du "gendarme" de la sécurité alimentaire. Lorsque l'on n’a pas confiance dans l’arbitre, c’est la relation de confiance entre les consommateurs, et donc les citoyens et leurs agriculteurs et industriels qui est mise à mal. Alors qu'une agence de l’OMS classe le glyphosate parmi les "cancérigènes probables", l’agence européenne de la sécurité alimentaire arrive elle à des conclusions inverses. Le problème, c’est que son travail semble avoir été largement biaisé : Monsanto, pour ne pas le citer, aurait fourni clefs en main tous les arguments pro-domo aux experts européens. La démocratie scientifique a elle aussi un peu de chemin à parcourir pour se parfaire, en se mettant l’abri des lobbys industriels comme de l’opinion publique. C’est d’ailleurs une des revendications françaises.

Un défi de taille. La France a donc décidé de se "désolidariser" de cette décision européenne. C’est une défaite pour la France, "mais il y a des défaites plus honorables que des victoires à la Pyrrhus", fait-on remarquer à Matignon, parce que sans l’engagement français, on n’en reprenait pas pour 5 ans mais pour 10 ans ! Qu’à cela ne tienne, on est prêts à faire cavalier seul. "Dans 3 ans au plus tard" a intimé Emmanuel Macron, fini le glyphosate en France. Pour ça, il faut : trouver des alternatives à l’herbicide le plus utilisé par nos agriculteurs, accélérer le changement de mode de production agricole et trouver les moyens de pallier les distorsions de concurrence avec nos voisins européens. Une paille…