Réforme des institutions : la droite “prise en otage” par Emmanuel Macron

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Pour le Big Bang, on repassera. Le Premier ministre a présenté mercredi la réforme des institutions. Pas de 6ème République en perspective, et encore aucune assurance d’un rééquilibrage des pouvoirs entre exécutif et législatif. Mais en pleine contestation de la réforme du statut des cheminots, l’annonce a quelques avantages. Celui de montrer aux Français que les salariés de la SNCF ne sont pas les seuls à devoir faire des efforts. Les élus aussi passent à la toise et se voient retirer quelques-uns de leurs "acquis", notamment le droit de se faire élire ad vitam aeternam, c’est-à-dire de faire des carrières complètes en accumulant les mandats.

Un engagement de campagne. L'Assemblée et le Sénat vont même subir un véritable plan social : une baisse de 30% des effectifs, soit 173 députés et 104 sénateurs de moins dans la prochaine législature. Le plus croustillant, c’est que ce sont ceux-là mêmes qui s’apprêtent à disparaître qui vont devoir signer, et voter leur propre effacement. L’avantage pour Emmanuel Macron, c’est aussi de tenir l’un de ses engagements de campagne. Une case de plus à cocher en effet sur le tableau "Je fais ce que j’ai dit que je ferai". Parfait, car cette promesse d’un Parlement moins pléthorique est forcément populaire. On n'imagine ni manifestations d'élus, ni électeurs pour venir contester la cure d’amaigrissement des chambres parlementaires.


Soigner Gérard Larcher. L’autre effet recherché est plus tactique, voire politicien : enfoncer de nouveau un coin à droite. Dans les arbitrages retenus, on voit que le président et son Premier ministre ont tout fait pour ne pas braquer le chef des cheminots de cette réforme-ci, à savoir le président du Sénat Gérard Larcher. Ce dernier pestait contre la limitation dans le temps des mandats ? Ils ont fait sortir de la mesure l’immense majorité des maires concernés, ceux-là mêmes qui élisent les sénateurs. Il ne voulait pas de proportionnelle pour les députés, craignant une chambre éclatée aux mains des partis ? Qu’à cela ne tienne ! 15%, cela ne changera pas la face de l’hémicycle du Palais Bourbon (au grand dam, en passant, de François Bayrou). Gérard Larcher refusait de transiger sur une baisse des élus qui priverait les territoires de leur représentant, c’est-à-dire de leur sénateur, il a obtenu la promesse qu’il n’en serait rien. Larcher n’est pas Martinez. C’est plus qu’une concertation qui a eu lieu, mais bien une négociation.

Le patron LR en ferme opposition. Or, Laurent Wauquiez, patron des Républicains, ne veut absolument pas offrir cette réforme à Emmanuel Macron. Qu’importe que le candidat LR à la présidentielle François Fillon ait eu pour programme de diminuer drastiquement le nombre de parlementaires, Wauquiez a appuyé depuis longtemps sur la touche "effacer" de la campagne présidentielle. Mercredi, le parti Les Républicains a dénoncé une "déstabilisation de tout l’équilibre gaullien des institutions". Opposition toute, donc. Mais en donnant du "grain à moudre" à Gérard Larcher, le président et son Premier ministre espèrent avoir soigné le "réformiste" de la bande. L’enjeu maintenant est de savoir qui tient le vote des sénateurs à droite : Wauquiez ou Larcher ?