Les politiques devraient s'inspirer des mots de Jean Rochefort

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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"Ce que je trouve bien en France, c’est que l’opposition, quelle qu’elle soit, existe. Ça me rassure", disait Jean Rochefort. Une réflexion que certains politiques actuels devraient partager.

En recherchant quelques citations précises sur le sujet que je croyais traiter ce matin - Mélenchon/Valls - je suis tombée, au cours d’une petite respiration, sur une archive de l’Ina datant de 1981 : Jean Rochefort y était interrogé sur sa relation à la politique. "Je ne suis pas un homme politisé", s’excusait-il. Mais sa distance, comme dans bien d’autres domaines, n’était qu’apparente, car tout de suite, il ajoutait : "ce que je trouve bien en France, c’est que l’opposition, quelle qu’elle soit, existe. Ça me rassure", ajoutait- il, "car c’est le principe de la démocratie". Qu’en termes simples, l’essentiel était là rappelé…

Rochefort traumatisé par la guerre. L’acteur ajoutait que ce qui expliquait sans doute sa difficulté à s’engager pour un parti, c’était une scène originelle vécue dans son enfance. Il avait 14 ans, à Vichy, jour de la Libération. "Une femme tondue, se souvenait-il, et un gros homme à ses côtés portant à bout de bras un nouveau-né de quelques semaines, sans doute celui-ci que la jeune femme avait eu d’une liaison avec l’ennemi. L’horreur", se souvenait-il, 35 ans plus tard. "De là vient mon inquiétude pour les hommes en groupes, de ces hommes qui perdent de vue l’objectivité, la lucidité et la tendresse."

La violente charge de Mélenchon contre Valls. Je me suis dit que les politiques, plutôt que de se répandre en hommages à Jean Rochefort, compassés ou intéressés, les socialistes faisant un gros clin d’œil appuyé à "l’éléphant" Rochefort, le Front national saluant cet "acteur français, tellement français" comme si le fait qu’il fut français eut ajouté à son talent, que ces politiques feraient mieux de l’écouter. Et j’en reviens donc à Mélenchon et Valls, mais cela vaut pour quelques autres. Les attaques de Jean-Luc Mélenchon contre Manuel Valls depuis vendredi dernier, refusant de siéger aux côtés de "l’ignoble Valls" au motif que l’ex-Premier ministre serait "proche des thèses ethnicistes de l’extrême-droite". Dans son blog lundi encore, il parle encore du "douteux Manuel Valls".

Tous fachos. Ces attaques sont d’une teneur qui prouve que son auteur a perdu de sa lucidité, de son objectivité. Je laisse tomber la tendresse. Sur le fond, que dit Mélenchon ? Que Valls est un facho. Tout simplement. Est-ce une insulte comme une autre ? Non, sauf à estimer qu’il est anodin de traiter de facho un responsable politique issu de la deuxième gauche avec Michel Rocard, un ex-collaborateur de Lionel Jospin. Pour rappel, Jean-Luc Mélenchon a été ministre de Lionel Jospin, un ex-Premier ministre de François Hollande. Allez tous fachos !

Pas ces mots-là. Certes les Insoumis rétorqueront que c’est Valls qui a commencé, en ressortant le qualificatif "d’islamo-gauchistes" à leur endroit. Que ces deux-là mènent le débat sur la laïcité, dont ils ont à coups sûrs des visions différentes, voire irréconciliables. Mais, pas ces mots-là, ces "fachos" lancés à la figure comme s’ils n’avaient pas de sens. "Qu’une opposition existe, ça me rassure", disait Rochefort. Que toutes les oppositions soient à la hauteur, ce pourrait être une forme d’hommage à l’acteur disparu dans la nuit de dimanche à lundi.