Jean-Marie Le Pen soigne sa sortie et égratigne encore une fois sa fille

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Le fondateur du Front national tire sa révérence en publiant ses mémoires, dans lesquelles il livre un jugement sévère sur la campagne présidentielle de sa fille.

Les premiers 50 000 exemplaires auraient déjà été vendus selon son éditeur ! Le premier tome des mémoires de Jean-Marie Le Pen, intitulé Fils de la nation, est déjà un succès. L’occasion pour le vieux leader d’extrême droite de soigner sa sortie.

Le plaisir de choquer. Cela commence comme du Pierre Jakez-Hélias avec son Cheval d’orgueil, quelques chapitres sur la dure vie des marins bretons de la Trinité au début du siècle dernier. "Quand je suis né, le sol était encore en terre battue, il n’y avait ni gaz ni électricité ni eau". Mais la patte Le Pen n’est jamais loin, quand il s’agit de revendiquer l’identité française, bretonne, terrienne par exemple : "J’en demande bien pardon aux culs bénits de la pensée unique, mais je suis un 'de souche'". Si Jean-Marie Le Pen veut gagner l’honorabilité d’un homme de plume, il ne saurait s’asseoir sur ce qui a fait sa gloire, le verbe corrosif, souvent choquant, la parole affranchie de toute bienséance. Il se gargarise d’avoir toute sa vie bousculé le bourgeois. Vieux et isolé, il n’abdique rien de ce qu’il a été ; ni héros, ni collabo pendant la guerre, député poujadiste, engagé pour l’Algérie française, fondateur du Front national, c’est une page de son histoire française que le chef déchu nous narre.

Une manière d'entrer dans l'Histoire. On se surprendrait à oublier parfois que c'est le vieux leader d'extrême droite qui écrit, avant que l'une de ses provoc ne vienne le rappeler. "J’aime les animaux, et comme il se trouvera bien quelqu’un dans la paresse de la presse, pour en faire une ressemblance avec Hitler, comme lui, j’aime les bêtes, et bien c’est vrai, plus je connais les journalistes, plus j’aime les chiens". On y retrouve ainsi ses formules à l’emporte-pièce sur "ces geignards de gauchistes en 68, 68 qui a plongé la civilisation dans l’acide", ou encore sur de Gaulle qu’il honnit pour avoir trahi les pieds noirs d’Algérie et refusé de gracier Brasillach. Le Pen fait du Le Pen et parle souvent de lui à la troisième personne, une manière de rappeler qu'il est l'homme autour duquel s’est focalisée la vie politique française depuis plus de trente ans.


Une sortie pleine de fiel. Ce livre lui permet évidemment de signer et soigner sa sortie. Il vient d’annoncer qu’il n’ira même pas embêter sa fille au prochain congrès du FN. Provoc inutile, il n’a plus les moyens de lui nuire. Une dernière fois tout de même, il trempe sa plume dans le fiel pour la blesser encore. Revenant sur sa présidentielle décevante, il écrit : "Elle a payé ses procédés absurdes contre moi d’un échec retentissant, sa stratégie et son aide stratège se sont plantés, c’est un suicide. J’ai pitié d’elle". Ultimes banderilles, pour dire le ressentiment et la fêlure, mais ultimes banderilles pour rien. Marine le Pen continue de répéter qu’aucune réconciliation politique n’est possible avec "Le Pen », qu'elle ne nomme même plus "mon père".

Mais drôle de pirouette de leur histoire, au moment où le patriarche soigne sa sortie, et laisse enfin le champ libre, sa fille semble elle, avoir perdu le goût de s’accrocher, en laissant entendre que "si elle n’est pas la mieux placée en 2022, elle laissera la place". La petite fille le Pen, Marion n’est pas loin… Comme si une fois son père entré dans les livres d’Histoire, la bataille pour Marine le Pen perdait de son sel.