Mélenchon et Le Pen, deux opposants dans l’impasse

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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D’un côté, la contestation aux ordonnances sur la réforme du code du travail, portée par le leader de La France insoumise, s’étiole. De l’autre, la présidente du FN n’a pas convaincu jeudi soir. 

Jeudi, la France était en grève. Ah bon, quelle grève ? La troisième journée de mobilisation initiée par la CGT a vu défiler dans la rue moitié moins de monde qu’en septembre. Le mouvement social ne viendra pas à la rescousse de la contestation politique. Le rêve de "déferlante" de Jean-Luc Mélenchon s’éloigne. Quelques heures plus tard, sur France 2, Marine le Pen passait l’épreuve de repêchage. Explication confuse sur la sortie de l’euro, ou pas. Difficulté à contrer les assauts ciblés de Gérald Darmanin. Même à l’oral, la présidente du FN n’est plus la meilleure. Deux images politiques, deux dirigeants dans une impasse.

Trop tard pour Le Pen. Ils ont des discours différents. Et pour des raisons différentes, ils sont aujourd’hui dans la nasse.C’est au soir du débat entre finalistes de la présidentielle que Marine le Pen a perdu la main. Depuis, son électorat sait que ce n’est pas elle qui les amènera au pouvoir. Elle a beau avoir chaussé des lunettes, tenté d’opérer jeudi un virage sur l’aile sur son programme. Trop tard. Le regard que nous portons sur elle a changé. La seule force de Marine Le Pen, c’est que le FN ne peut pas se débarrasser d’elle.

L'opportunité manquée de Mélenchon. C’est au soir du premier tour de la présidentielle que Jean-Luc Mélenchon a perdu son pari sur l’avenir. Plutôt que de se retirer vexé sur son Aventin sans donner de consigne de vote, fort de son score, il aurait pu ouvrir les bras en grand à toute la gauche, et lancer la bataille des législatives sous la bannière du rassemblement. Tous ne l’auraient pas suivi, mais il avait l’opportunité de faire exploser le PS ce jour-là. Rue de Solférino, quelques minutes avant que le leader de la France Insoumise prenne la parole, Jean-Christophe Cambadélis prévenait ses camarades : "notre destin se joue dans quelques minutes". Fin du discours, soulagement, il concluait : "les dieux viennent de nous envoyer un signe". Aujourd’hui le Parti socialiste est sans leader, sans ligne, sans texture, mais il reste une structure.

Ni "Front des patriotes" ni "Front populaire". Du coup, l’avenir s’annonce pour l’un et l’autre, car ils ont besoin d’imaginer des combinaisons pour gagner. Un "Front des patriotes" pour le FN, que Florian Philippot avait commencé à imaginer, mais lui parti, la perspective d’élargir le spectre à toutes les droites s’éloigne. Un "Front populaire" pour Jean-Luc Mélenchon, impossible à constituer tant qu’il considérera qu’il n’appartient plus à la famille de gauche, mais qu’il campe comme "le défenseur du peuple contre les oligarchies". Les deux se montrent incapables de sortir de la fonction tribunicienne qui est la leur, incapables de donner l’espoir à leurs électeurs, qu’ils sont aptes un jour à gouverner. Deux images cruelles pour l’un et l’autre.