L"Intégration" des naturalisés, un enjeu politique pour Emmanuel Macron

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a présidé jeudi au Panthéon une cérémonie de naturalisation de 225 "nouveaux Français" venus de 40 pays différents. Une mise en scène marquée par la volonté politique du président.

C’est la deuxième fois, sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, qu’une telle cérémonie se tient au Panthéon. Le ministre de l’Intérieur s’y est même invité : "Je vous souhaite la bienvenue dans notre belle nation", a-t-il déclaré jeudi devant 225 naturalisés, sous la coupole abritant ceux à qui la patrie veut marquer sa reconnaissance. On peut imaginer la fierté et l’émotion des récipiendaires. Jusque-là, ce type de cérémonie se déroulait à la Préfecture de police de Paris, salle Marianne. Mais le président n’aime rien tant que scénariser les moments forts de son action politique. Une mise en scène à l’américaine en quelque sorte, dont il use par exemple lors de la signature des lois importantes, et dont Gérard Collomb a repris les codes pour marquer l’importance qu’il attache à l’accueil de ces nouveaux Français dans la République.

Une intégration en panne. Mais ces cérémonies ne sont pas les seuls signes que le président entend donner en matière d’intégration des nouveaux venus. Il a chargé en septembre le jeune député En Marche! du Val d’Oise, Aurélien Taché, de dessiner les contours d’une nouvelle politique publique d’intégration. Quelque 106.000 personnes signent chaque année le Contrat d’intégration républicaine, dont près d’un tiers sont des réfugiés. Mais ce ne sont pas les 200 heures de français qu’on leur alloue généreusement qui leur permettent de s’intégrer à la "communauté" française, encore moins de trouver du travail. Aujourd’hui un étranger sur trois en situation légale occupe un emploi au bout de cinq ans de résidence. C’est le plus mauvais score des pays de l’OCDE.

Proposer des solutions concrètes. Cette fois, pas de grande réflexion à attendre sur "assimilation versus multiculturalisme", ce n’est pas le sujet confie Aurélien Taché. Il veut d'abord proposer de l’opérationnel, en essayant de résoudre ces deux problèmes fondamentaux que sont l’apprentissage de la langue, et l’accès à l’emploi, problèmes évidemment liés. "Il ne faut pas rater les premières années de cette intégration, si on montre que ça marche on peut décrisper la société française, sinon, cela aura des conséquences dévastatrices", prévient-il.

Un signe à la gauche. Une démarche qui pourrait donc avoir des bénéfices à long terme pour la société française si cela fonctionne, mais aussi des bénéfices politiques pour Emmanuel Macron. Cette volonté affichée de s’attaquer à ce qui mine la société française lui permet d’avancer sur deux pieds : fermeté sur la politique d’immigration, comme il l’a redit début septembre dans son discours aux préfets - "nous reconduisons trop peu à la frontière ceux qui n’ont pas vocation à rester en France" -, et engagement républicains vis-à-vis de ceux que l'on accueille. Deux pieds, et un appel du pied gauche aussi, à des électeurs qui en ont bien besoin.