Grève : la bataille de la communication est lancée !

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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La grève des cheminots débute lundi soir avec de fortes perturbations prévues dès mardi.

"En Marche pour 36 jours de grève", un slogan tout trouvé pour les syndicats. Mais du côté des usagers de la SNCF, ce ne sont pas 36 jours mais 3 mois de galère qui s’annoncent. Les syndicats comme le gouvernement semblent prêts à tenir bon.

Élargir la lutte. Tout est affaire de bonne communication de part et d’autre. En lançant il y a quelques jours, "on est tous le cheminot de quelqu’un", largement relayé depuis, Olivier Besancenot a prouvé son savoir-faire. Il savait contre-productif de focaliser la bataille sur les cheminots parce que ces derniers sont réputés bénéficier d’acquis, sinon de privilèges. Il était donc difficile de les soutenir mordicus sans tomber dans le corporatisme le plus étroit. Surtout, la SNCF n’a plus aujourd’hui les faveurs de l’opinion, les usagers aussi bien des TGV que des lignes quotidiennes savent à quel point il est difficile de compter sur des trains qui partent et arrivent à l’heure. Laisser entendre qu’en touchant aux cheminots c’est l'usager qui est menacés est autrement plus porteur. On a tous quelque chose à perdre, donc à défendre.

Derrière ce slogan, c’est évidemment l’extension du domaine de la lutte qui est en jeu. Si les syndicats et l’extrême gauche parviennent à faire converger les revendications des éboueurs, des pilotes d’Air France, des étudiants voire des lycéens inquiets que Parcours sup ne tienne pas ses promesses avec celles des cheminots… bingo ! Les revendications n’ont peut-être rien à voir les unes avec les autres, mais un pays entier peut s'en trouver paralysé.

Minimiser l'enjeu social. La figure de "Réformator 1er" d’Emmanuel Macron pourrait s'ne trouver ébranlé. Il a mis en scène cette réforme indispensable de la SNCF, comme il a pu le faire sur d’autres dossiers. Un rapport Spinetta alarmant, des réactions gouvernementales plus alarmistes encore, un même credo : "il faut sauver la SNCF", bref, le péril semble si grand, que le Premier ministre annonce une réforme menée au clairon, ordonnances à la clef. Mais la mobilisation importante du 22 mars, la grogne qui monte ailleurs, le rappel incessant des blocages de 1995 ont fait prendre conscience du risque à l’exécutif.

Depuis, la communication gouvernementale a baissé d’un cran : Elizabeth Borne, ministre des Transports affirmait dimanche que "ni l’emploi à vie, ni le régime de retraite, ni le système de rémunération" n’étaient au cœur des discussions. Ce n’est donc plus le statut de cheminot qui pose problème pour sauver le rail, mais bien l’organisation plus efficace de l’entreprise SNCF. L’objectif est évidemment d’isoler les syndicats et la gauche. Mais l’opération déminage a son revers. À trop lâcher de lest pour casser cette dynamique des 36 jours, le gouvernement prend le risque d’apparaître comme "petit braquet". Entre deux maux, il avisera au jour le jour quel est le moindre mal.