Florian Philippot : le bouc émissaire tout trouvé d'un FN en crise

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Le départ fracassant de Florian Philippot, dernier chapitre d'une crise au sommet, masque aussi la perte de crédibilité de Marine Le Pen depuis son échec à la présidentielle.

Il a pris la porte. Le départ jeudi de Florian Philippot marque l'épilogue d'une crise au sein du Front national qui couvait depuis la présidentielle. Après une série d'affrontement cet été - avec notamment Nicolas Bay, le secrétaire général du parti, autour de la question de la sortie de l'euro -, la tension était encore montée d'un cran à la rentrée. Lundi, Marine Le Pen a demandé à son bras droit de quitter la présidence de l'association qu'il vient de lancer, Les Patriotes, soupçonnée de dissidence. Florian Philippot a refusé, et la sanction de la présidente est tombée aussitôt : mercredi, il a perdu sa délégation à la stratégie et à la communication. Privé de fonctions concrètes, Florian Philippot en a tiré le lendemain les conclusions qui s'imposaient.

Un problème de ligne politique. Cette crise, qui a publiquement éclaté ces derniers jours, couvait en réalité depuis le premier tour de la présidentielle. C'est le score décevant au premier tour qui peut expliquer aujourd'hui le départ de Florian Philippot, car c'est sa stratégie qui a été mise en échec à ce moment-là. Florian Philippot est celui qui a accompagné depuis 2011 Marine Le Pen dans un changement de ligne politique ; il est l'artisan de la dédiabolisation, mais aussi de l'abandon d'un certain nombre de vieilles lunes du Front national. Fini le tout libéral et la droite extrême de Jean-Marie Le Pen, Florian Philippot a recentré le parti autour d'une ligne souverainiste, illustrée notamment par l'abandon de l'euro, une idée qui a inquiété un certain nombre d'électeurs pendant la campagne présidentielle. C'est lui aussi qui, issu des rangs chevènementistes, réinvente un rapport au peuple différent.

Vers un retour aux fondamentaux ? Désormais, c'est sur les bases d'une autre ligne politique, celle qui a fait le succès mais aussi l'échec de son père, que va repartir Marine Le Pen avec Nicolas Bay, issu des rangs mégrétiste et qui pourrait rapidement devenir le numéro 2 du Front national. Mais la rupture très médiatisée avec Florian Philippot masque la véritable crise de confiance qui affecte la députée du Pas-de-Calais depuis sa prestation lors du débat de l'entre-deux-tours face à Emmanuel Macron.

Dans les enquêtes d'opinion, l'électorat du FN remet en cause désormais la crédibilité de sa candidate. Dans une lettre ouverte au Figaro fin août, Robert Ménard, élu à Béziers avec le soutien du FN, va même jusqu'à interroger la capacité de Marine Le Pen à accéder un jour au pouvoir. Avec Florian Philippot, Marine Le Pen a trouvé un bouc émissaire, mais un bouc émissaire un peu facile. Le vrai défi qui se présente à elle reste celui de la refondation du parti et d'une reconquête de sa crédibilité personnelle.