Avec l'exclusion rocambolesque des pro-Macron, la droite Trocadéro a gagné

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Le parti Les Républicains clarifie sa ligne politique en se recroquevillant sur lui-même. Le pari est risqué.

David Doukhan remplace Hélène Jouan du 23 au 27 octobre 2017

 Un épilogue à rallonges. Mardi soir, Les Républicains ont décidé d’exclure Gérald Darmanin, Sebastien Lecornu, Franck Riester et Thierry Solère, tout en actant le départ d’Edouard Philippe. Un seul problème, cependant : le quorum n'a pas été atteint, ce qui nécessite de recommencer le même processus la semaine prochaine. Malgré tout, le message est passé : ceux qui sont favorables à la politique d'Emmanuel Macron ne sont plus les bienvenus.

Lavrilleux, Frêche, Le Pen… Pour comprendre cette chasse aux sorcières menée à droite, rappelons-nous de quelques grandes exclusions de partis politiques. En 2014, Jérôme Lavrilleux est expulsé de 2014 après l’affaire Bygmalion. L'eurodéputé est notamment mis en examen pour "recel d'abus de confiance", "complicité d'escroquerie" ou encore "usage de faux". Le motif est avant tout judiciaire. Il est davantage moral pour Georges Frêche, exclu du PS en 2007 pour avoir dit qu’il y avait trop de noirs en équipe de France. Des propos racistes, en contradiction totale avec les valeurs socialistes. Allons même jusqu’à convoquer Marine Le Pen, qui a exclu son père du Front national parce que ce dernier avait à plusieurs reprises proféré des propos négationnistes, en avançant que les chambres à gaz étaient un "point de détail de l’histoire".

Les exclus, partisans d'une politique de droite. En comparaison, les crimes commis par Édouard Philippe et ses amis paraissent bien plus maigres : ils ont supprimé l’ISF, réformé le droit du travail, réduit les taxes des entreprises et on aperçoit la disparition des régimes spéciaux de retraite pour 2018. Bref, on leur reproche d’appliquer le programme rêvé de la droite. La décision de leur montrer la porte ne procède donc d’aucune rupture de fond qui renverserait les principes idéologiques de leur famille politique.

Pas forcément une bonne nouvelle. Les exclure, c’est la solution que Les Républicains ont trouvé pour essayer de contrer l’atomisation engendrée par Emmanuel Macron le jour où il a nommé Édouard Philippe à Matignon. Cette décision permet à LR de clarifier sa ligne politique, mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la droite… Un autre sujet a été porté mardi : la place de Sens commun. La question se pose : on bannit les constructifs et on chérit Sens commun ? Il est loin le temps où Charles Million se faisait exclure de l’UDF en 1998 parce qu’il s’était fait élire à la tête de la région Rhône-Alpes avec les voix du FN.

Le défi considérable de Laurent Wauquiez. Quant à lui, Emmanuel Macron se délecte de ce feuilleton sans fin. Son plan se déroule sans accroc : la droite républicaine donne le sentiment de se replier sur elle-même, assiégée par le macronisme, se barricadant pour survivre. C’est un problème quand on prétend à nouveau gouverner. L’histoire récente a ainsi démontré que ce sont les mouvements ouverts sur la société qui avaient le vent en poupe. Mardi soir, c’est la droite Trocadéro qui a gagné. Bien sûr, elle représente quelque chose de réel dans le pays et dans l’opinion, mais franchement, peut-elle prétendre présider aux destinées de la nation toute entière ? Ce sera tout le défi de Laurent Wauquiez s’il sort victorieux les 10 et 17 décembre prochains, lors de l'élection du président des Républicains.