Emmanuel Macron a, en partie, réussi l'exercice de l'interview fleuve

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Hélène Jouan évoque un sujet précis de la vie politique. Jeudi matin, elle décrypte l'interview donnée par Emmanuel Macron au Point.

On va commencer par la fin, Emmanuel Macron a-t-il réussi ou raté l’exercice de l'interview fleuve ? Efficace ou pas au vu de l’objectif visé ? Pour l’Élysée, il s’agit de renouer avec le rôle régalien du président de la 5ème république, prendre de la hauteur, fixer le cap. D'ailleurs on comprend bien que la seule référence d’Emmanuel Macron est de Gaulle, tant du point de vue institutionnel que de l’action politique. Depuis de Gaulle ? Rien, affirme-t-il. "Nous avons tourné la page de trois décennies d’inefficacité", lance le président, "d’impuissance politique".

Il s’agit évidemment aussi de renouer avec les Français qui depuis la rentrée commencent à douter. Alors l'exercice est réussi, parce qu’Emmanuel Macron rappelle dès le départ le motif et les circonstances de son élection, "la brûlure de l’attente, du populisme, de la colère, je les ai encore là", dit-il. Il ne dévie pas d’un iota de ce qu’il avait dit pendant sa campagne, que c’est une de ses forces, parce qu’il ré-explique point par point la transformation profonde qu’il entend mener, en nous présentant toutes les pièces du puzzle, notamment en matière de réformes économiques, qu’il entend mettre en place pour, au final dit-il, sortir de l’esprit de défaite.

Un bémol sur le média choisi. L’interview du Point est de haute tenue, tant dans les questions que dans les réponses. Un seul exemple : la question sur le choix entre "le modèle d’assurance sociale bismarckien ou beveridgien", reste obscure. Cela peut être les limites de l’exercice. Plus de 20 pages d’entretiens, charpentées, denses. Mais qui va les lire in extenso ? Est-ce vraiment le meilleur moyen de toucher l’opinion publique la plus large, Hélène Jouan a un petit doute à cet égard.

"La pensée complexe" du président nécessite sans doute de la place pour s’exprimer, mais si la complexité de cette pensée n’est pas partagée par le plus grand nombre, l’effet recherché n’est pas forcément atteint. Il rassure sans doute ceux qui ont voté pour lui, pas forcément les autres, et notamment les « sacrifiés » du système comme il les appelle, ceux pour qui il dit vouloir transformer pourtant la société.

Et sur le fond

On en a connu des présidents qui au sortir de l’été, déjà assommés par la chute de leur popularité, effectuaient une volte-face nette et sans bavure. Là, on peut reconnaître qu’Emmanuel Macron assume tout. La loi travail et tout ce qui va suivre, la réforme de l’assurance chômage, de la formation, la révolution dans l’éducation etc. Il dit tout : sur le terrorisme islamiste, qui n’est ni un terrorisme politique ni islamique, il dit tout des efforts demandés, aux retraités par exemple, et puis sur les aides au logement, c’est pas fini la baisse. Il répond point par point aux polémiques de l’été, celle sur le chef d’état major des armées, 'le chef des armées c’est moi', ou celle sur la baisse des emplois aidés, une perversion de la politique de l’emploi.

Il dit leur fait aussi à tous ceux qui osent critiquer sa politique, de François Hollande qui n’a même pas pu se présenter dans l’impossibilité de défendre son bilan, "ce serait un comble dit-il, qu’il vienne maintenant le justifier devant les journalistes", à la droite, mal venue quand elle pousse des cris d’orfraie sur les efforts à faire, quand elle en promettait dix fois plus dans son programme, jusqu'à Jean-Luc Mélenchon, à qui il reproche de n’apporter aucune solution pour les vrais sacrifiés.

En conclusion ?

On a là un texte-manifeste sans aucun doute de la vision d’Emmanuel Macron, de son rôle. Il renie le surnom de Jupiter mais assume la part de transcendance dit-il, qui fait qu’en France, le processus démocratique n’est jamais parvenu tout à fait à son terme ; de son objectif, en finir avec la notion de fin de l’histoire pour renouer avec l’esprit de conquête et l’héroïsme politique, des risques aussi… il le dit lui-même.