DSK : une voix d'outre-tombe pour prophétiser l'avenir de la gauche

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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L'ancien directeur du FMI, figure du Parti socialiste écartée de la vie politique par les affaires, a estimé dans une interview au Maroc que la disparition du PS était "une bonne chose".

"De là où je serai, j’écouterai mon successeur, je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas". Le 31 décembre 1994, François Mitterrand adresse ses derniers vœux aux Français. Ils leur disaient d’une certaine façon, que même dans l’au-delà, un homme politique restait un homme politique ! Dans les critiques émises ce week-end par Dominique Strauss Kahn en direct de Marrakech, il y avait ce petit côté "revenant". Pas post-mortem, DSK est bien vivant, mais il est désormais hors du monde de la politique. Sorti, ni par le suffrage universel, ni même par la justice, mais par la décence. Et il faut avouer qu’il y a d’ailleurs quelque chose d’un peu incongru à le voir resurgir en pleine période d’outing des comportements sexistes.

Une nouvelle force sociale-démocrate. En tout cas, même de l’au-delà de la politique, DSK nous parle donc encore de politique. "Le Parti socialiste n’a pas d’avenir, et c’est une bonne chose", déclare-t-il. "Il est temps qu’il disparaisse, et qu’une force, avec peut-être une partie des mêmes membres, apparaisse". Forcément, l’avis d’obsèques prononcé par un homme qui a fait toute sa carrière au PS n’a pas eu l’heur de plaire à ses anciens camarades, qui ont eu beau jeu de rappeler que son auto-exclusion n’avait rien à voir avec la ligne du parti, mais tout avec son propre comportement.  

Pour autant, si on s’abstrait de la question de sa légitimité à prononcer cet hommage funèbre, DSK a-t-il tort ? Ce qu’il dit, c’est ce que tout le monde constate. Non qu’il n’y ait pas d’espace pour une nouvelle force sociale-démocrate, celle d’ailleurs qu’il appelle de ses vœux, mais que les socialistes aujourd’hui semblent incapables de l’incarner, encore aux prises avec les écartèlements politiques qui ont miné le quinquennat précédent.

Manuel Valls en embuscade ? Alors qui pour incarner cette nouvelle force ? Eh bien c’est là qu’apparaît un autre revenant ! (Décidément le monde politique en est peuplé) : Manuel Valls ! Ceux qui ont écouté Le Grand Rendez-vous sur Europe 1 ont entendu l'ancien Premier ministre acquiescer au diagnostic porté par Strauss Kahn : "Nous sommes dans une phase de décomposition/recomposition qui n’est pas finie au PS", a-t-il commenté, avec cette incise : "À ce stade, je suis observateur".

À ce stade ? Oui, parce qu’en continuant de creuser son sillon républicain, laïc, et en affirmant son attachement au combat pour une société plus égalitaire, Manuel Valls montre qu’il n’a renoncé à rien, surtout pas à être un recours pour la gauche, que ce soit au sein d’un nouveau parti ou au sein d’un mouvement présidentiel élargi. "Une force avec peut-être une partie des mêmes membres" ? a dit Dominique Strauss-Kahn. Manuel Valls s’y prépare. Il faut toujours être à l’écoute de la voix des revenants pour comprendre ce qui peut se construire.