Deuxième plainte contre Gérald Darmanin : comment l'exécutif affronte les vagues ?

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Pour faire face aux déferlantes des affaires Darmanin et Hulot, l'exécutif doit choisir entre tenir fermement la barre, ou changer de cap.

Le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin est visé par une deuxième plainte, cette fois pour "abus de faiblesse". Si Matignon a rappelé la règle - pas de démission avant une éventuelle mise en examen - cela pourrait finir par devenir compliqué.

Tenir la barre. Selon les principes de navigation, deux possibilités opposées s’offrent au skipper en cas de gros temps : soit maintenir le bateau face aux vagues, quitte à abîmer l’embarcation, soit prendre la fuite, en prenant le vent et les vagues par l’arrière, avec le risque de perdre tout contrôle. Les marins le savent : il faut apprécier au cas par cas, s’adapter. Dans ce qui commence à ressembler à une succession de déferlantes sur des membres du gouvernement, l’équipage de l’exécutif semble avoir choisi de tenir la barre ferme. "Si Dieu veut, toujours droit devant…"

Des éléments de langage mesurés. Cela signifie-t-il que la position du président et du Premier ministre ne bougent pas d’un iota ? Difficile d’être aussi catégorique. Si la première vague à atteindre Gérald Darmanin avait immédiatement provoqué un soutien sans faille d'Edouard Philippe, qui avait parlé de "totale confiance" à son endroit, et si le même exercice avait été réédité à l’endroit de Nicolas Hulot, avec plus de chaleur encore (l’action en justice étant éteinte pour lui), les éléments de langage diffusés mercredi par Matignon prenaient soin de mettre en balance "le nécessaire respect du plaignant", "comme la présomption d’innocence". Comme un soupçon d’hésitation… après que Marlène Schiappa eût balayé sans faillir la prise en compte de la parole de la victime présumée dans l’affaire Hulot.

Un jeu d'équilibriste. Ce soupçon d’hésitation annonce-t-il un changement de cap ? Une personnalité politique de l’entourage du président estime que "dès le départ, la dignité et la précaution" obligeaient les intéressés à se démettre, sauf à donner le sentiment mortifère d’une caste qui se protège. Mais si l’exécutif devait amorcer ce mouvement, ce serait céder un pouce de terrain à "la République du soupçon", dénoncée mardi soir par Emmanuel Macron. Ce serait surtout mettre à mal l’architecture du gouvernement. Car se séparer de Gérald Darmanin, cette prise de guerre à la droite, c’est fragiliser un peu plus Nicolas Hulot, l’un des plus populaires au gouvernement, même si encore une fois à ce jour, il n’y a pas de plainte en cours contre lui.

S'adapter pour protéger l'équipage. Dix plaintes contre un homme, fut-il ministre, n’en feraient pas un coupable, car il manquerait un jugement. Mais comment tenir le fragile équilibre entre la crainte d’être victimes de manipulations (on ne peut en écarter l’opportunité créée par le maelstrom Weinstein), et la prise en compte de la libération de la parole des victimes, un combat que le gouvernement dit soutenir ? Comment naviguer au plus juste entre le temps judiciaire et le temps médiatique qui n’ont jamais coïncidé ? Le président et son gouvernement n’ont pas la réponse. Mais ils semblent déjà avoir compris qu’eux aussi devront s’adapter, comme les marins en cas de gros temps, sauf à prendre le risque de fragiliser tout l’équipage.