Des socialistes plus divisés que jamais

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Hélène Jouan évoque un sujet précis de la vie politique.

Bureau national de rentrée lundi pour le Parti socialiste, l'occasion de faire un état des lieux. 

Sur quoi les Socialistes doivent-ils se prononcer ?

En un mot, sur tout. Le communiqué final du bureau nation lundi soir est un modèle du genre : "le Parti socialiste soutient les manifestations syndicales contre la loi travail, mais n’appelle pas explicitement à manifester". La beauté d’une motion de synthèse en une seule phrase..

Le "soutien sans participation", on est là au cœur des errances actuelles des socialistes. Ils ne sont pas d'accord entre eux sur le mot d'ordre, les uns ayant déjà appelé à se joindre aux cortèges de la CGT le 12 septembre, les autres prêts à défiler derrière Jean-Luc Mélenchon le 23, les derniers refusant catégoriquement de s’afficher à la remorque des uns ou des autres tant que l’unité n’a pas été trouvée. Certes, ils sont unanimes à vouloir exprimer leur opposition viscérale à cette loi travail, ils en réclament le retrait. Mais comment faire oublier qu'ils défendaient il y a six mois encore la loi El Khomri portée par un gouvernement auquel cette fois, ils participaient, sans que tous d’ailleurs le soutiennent ?

Une posture politique délicate qui n'est pas la seule à faire l'objet de contentieux entre eux. Faut-il vendre le siège du PS pour tourner la page  et accessoirement retrouver des liquidités ? Faut-il changer le nom du parti pour signifier son renouvellement ? Stéphane le Foll s'est empressé de lancer le débat en proposant tout de go "Socialistes", avec un "s". Proposition ébouriffante qui lui a valu une répartie moqueuse : pourquoi mettre un s ? On n’est plus si nombreux...

En réalité, c'est leur identité que les socialistes doivent réinventer. Socialistes ? Socio-démocrates ? Socio libéraux ? Socio réformistes ? C'est la page du congrès d'Epinay de 1971 qu'il faut tourner. Aujourd'hui c’est un chas d’aiguille dans lequel ils doivent se glisser entre un Macron qui a inventé l’a-socialisme, (le "a" étant privatif) et un Mélenchon qui incarne à lui seul tout le champ de la contestation politique.

Sur quoi sont-ils d'accord tout de même ?

En un mot encore ? Sur Rien.

Comment ils vont s'y prendre alors pour se reconstruire ?

Ils ont décidé de s'attaquer aux statuts du parti. Mais c’est à se demander s’ils ne sont pas train de se "verdiser" à vitesse grand V. Ce syndrome du parti écolo qui longtemps a fonctionné ou dysfonctionné sur une démocratie interne tatillonne où ils passaient leur temps à voter pour savoir s'ils s'autorisaient à voter. Aujourd’hui, le PS s'en remet à ses militants, consultés le 28 septembre pour savoir s'ils doivent ou non faire évoluer leur fonctionnement interne.

"Ne vous y trompez pas,  c’est très politique", a dit l'un d'eux lundi. Il a raison, les règles internes faites de contributions, de résolutions, de motions qui se terminent en synthèse bancale depuis plus de 20 ans ont empêché une clarification de la ligne du PS, ont nui à l’émergence d’un leadership et d’un leader tout court, incontesté. Ce fut, entre autres, ce compromis boiteux qui a nourri les fractures du quinquennat précédent.

Mais ergoter sur le crochet et la petite ficelle qui permettent de tenir un cadre vide, en dit long sur le désarroi d'un parti désormais sans leader naturel, sans référence historique évidente, sans héritage à assumer, sans alternative à proposer. La défaite électorale des socialistes n'est rien face au travail de reconquête doctrinale qui les attend.