Démission de Rayan Nezzar : avec les réseaux sociaux, le droit à une seconde chance n’existe plus

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Rayan Nezzar, resté cinq jours porte-parole de la République en Marche!, a démissionné de ses fonctions lundi, après que Buzzfeed a exhumé ses anciens tweets injurieux.

En politique, le droit à l’erreur a longtemps été un droit acquis, en tout cas présumé pour tous ceux qui se lançaient dans la carrière. On pouvait avoir eu une vie avant, et faire comme si elle n’avait pas existé en entamant la seconde. Alors parfois, évidemment, on se faisait rattraper par la patrouille. Une patrouille avec un bec, des plumes, et des journalistes au talent d’investigation aiguisé, à savoir Le Canard Enchaîné, mais aussi Médiapart. François Fillon ou Richard Ferrand en ont fait les frais ces derniers mois, jusqu’à devoir en répondre devant la justice.

Une position intenable. Mais Rayan Nezzar n’a pas eu cette chance. Un petit tour et s’en est allé. Il avait pourtant effacé dans l’urgence 5.000 de ses tweets de jeunesse. Des tweets injurieux, relevant plus du syndrome Gilles de la Tourette que du langage au minimum respectueux que l'on est en droit d’attendre d’un étudiant à Sciences Po, futur apprenti à l’Ena qu’il était alors. Faute vénielle me direz-vous, Rayan Nezzar n’a volé personne, il n’est pas un repris de justice. Mais sa position était intenable.

Impossible en effet pour lui d’assumer ses fonctions dans ces conditions. On imagine mal le porte-parole du parti du président "porter la parole" sur les plateaux de télé pour défendre ses amis ou contrecarrer ses adversaires, qu’il avait avec équanimité tous traités de "couille molle, pouffiasse et militante zélée qui dit des conneries". Pour un mouvement qui prône la "bienveillance", il y avait un petit problème de raccord-image. Passons vite sur l’amateurisme de ce nouveau parti qui se veut super connecté, qui nous explique que l’horizontalité de la démocratie passe par des plates-formes collaboratives, et qui est incapable d’aller faire un petit tour sur le net pour vérifier le passé de ces nouvelles recrues.

Plus le droit à l'erreur pour la génération des réseaux sociaux. Mais en réalité, l’affaire Nezzar pose un problème de fond : le droit à l’oubli n’existe plus ! Les jeunes notamment qui s’investissent aujourd’hui dans la vie publique sont nés avec les réseaux sociaux. Ils sont désormais susceptible de traîner comme un boulet leur passé numérique, pas toujours blanc-bleu. Finis l’erreur de jeunesse, le petit pas de côté, tout est consigné !