Débat sur l'immigration : devant le silence des politiques, la société civile prend la parole

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Le projet de loi sur la politique migratoire du gouvernement est vivement contesté par les associations actives dans l’aide aux migrants, et certains intellectuels. À l'inverse, le personnel politique se fait plus discret.

Jean-Luc Mélenchon, quelqu’un a-t-il entendu Jean-Luc Mélenchon sur la question ? Non. Ses dernières interventions sur Youtube ou sur son blog évoquent son réveillon et l’idée d’Emmanuel Macron d’une loi anti fake news pour souligner son risque liberticide. Mais rien sur le projet immigration du gouvernement. Il faut dire que sur le sujet, le leader de la France Insoumise a beaucoup varié ; en 2012, ode à la méditerranée et au métissage, en 2016, il lançait : "Je n’ai jamais été pour la liberté d’installation", suscitant l’incompréhension de ses ex-amis communistes qui dénonçaient ses velléités de caresser les nationalistes dans le sens du poil.

Les figures de la gauche, muettes. Discrets aussi les socialistes, occupés à compter leurs candidats. Mais dès mardi, ils se sont promis de poser la première question au gouvernement à l’Assemblée nationale sur le sujet. Christiane Taubira, ex-garde des sceaux ? Son dernier tweet sur le sujet remonte au 18 décembre, journée internationale des migrants. Elle y dénonçait la démagogie qui "tord les principes et les règles pour plonger un peu plus dans l’indignité". Mais de qui, de quoi parlait-elle ? De Donald Trump, de Gérard Collomb ou d'Emmanuel Macron ? Plus de nouvelle !

Une majorité (très) encadrée. Quelques députés En Marche! ont donné de la voix en fin d’année contre le déséquilibre du projet du gouvernement, pourtant depuis une reprise en main ferme, mais discrète, le silence règne.


"Notre pays est en train de perdre son âme". Alors, qui reste-t-il qui monte au créneau dans ce débat ? La droite de Laurent Wauquiez et le Front national pour "dénoncer le mirage de la fausse fermeté de Macron" sur la question. Mais c’est encore une autre opposition qu’on entend le plus ; l’Eglise, fidèle au message du pape François, réclame publiquement que les centres d’hébergement d’urgence soient sanctuarisés. Plus surprenante, la sortie du leader de la CFDT, Laurent Berger, sur Europe 1, et qui n'est pas connu pour être l’ennemi d’Emmanuel Macron. "Notre pays est en train de perdre son âme sur la politique des migrants", a-t-il lancé.

Enfin, les intellectuels ont pris la plume. Un prix Nobel de littérature, Jean-Marie Gustave le Clézio, qui dans un texte à L'Obs, dénonce le tri entre migrants économiques et réfugiés, "un déni d’humanité insupportable", "pourchasser des misérables sous leur bâche, c’est dégueulasse", écrit-il. La réponse du chef de l’Etat ne s'est pas fait attendre. "Il faut se garder des faux bons sentiments", lui a-t-il sèchement répliqué jeudi. "Il y a beaucoup de confusion chez les intellectuels", estime Emmanuel Macron. Si le chef de l'Etat a peut-être "hypnotisé" le monde politique, mais la société civile est encore là pour le questionner sur les "valeurs".