Congrès du Front national : tout ça pour ça

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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En proposant aux adhérents du parti de remplacer le nom "Front national" par "Rassemblement national", Marine Le Pen a voulu faire montre de modernité. Mais son pari n'est pas vraiment réussi.

Le Front national va devenir le Rassemblement national. C’est ce nouveau nom que Marine Le Pen va proposer au vote des adhérents. Il y a quelque chose d'œdipien dans cette affaire : au moment même où Marine Le Pen se débarrasse enfin - symboliquement - de son père en supprimant des statuts la présidence d’honneur à laquelle il s’accrochait, elle se débrouille pour sortir de son chapeau le nom utilisé par son père il y a 32 ans. Le Rassemblement national emmena 35 députés frontistes à la victoire aux législatives de 1986, mais le slogan en était moins coupable que le scrutin proportionnel.

Couper le cordon, vraiment ? N'est-il pas curieux que parmi les centaines de combinaisons possibles, la présidente du parti se retrouve finalement avec la fusion sémantique du Rassemblement Bleu Marine et du Front national. Ah, ce satané cordon avec papa ! Marine Le Pen a aussi conservé la flamme tricolore, logo du parti depuis sa fondation, qu’elle voulait jeter aux oubliettes il y a six mois. Elle ne s’est résolue à faire que la moitié du chemin, comme si au dernier acte du parricide, son bras avait tremblé. Il n’y a plus Florian Philippot à ses côtés pour la sommer d’achever le geste.

Un rassemblement, jusqu'où ? Ce changement de nom n’est pourtant pas anodin. Marine Le Pen en a longuement fait l’explication de texte. Pourquoi Rassemblement national ? "Pour signifier notre volonté de rassemblement", justifie-t-elle. Tautologie implacable. Elle part du postulat que les électeurs de centre droit partis chez Emmanuel Macron, "la grande coalition des nationaux", est de mise pour les prochaines européennes. Postulat partagé par Laurent Wauquiez, à qui elle tend ostensiblement la main. Mais partagé à moitié seulement.

Comme elle, Laurent Wauquiez est convaincu qu’il ne sert à rien, pour l’instant, de courir après ces électeurs centristes perdus. En revanche, il est tout aussi convaincu qu’il doit tirer avantage de l’actuelle fragilisation du FN pour, sinon l’achever, en tout cas le siphonner. Aux côtés de Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et l’ancien député Thierry Mariani prônent l'union des droites. Laurent Wauquiez a avec lui une stratégie qui a fait ses preuves en 2007 avec Nicolas Sarkozy.

Une métamorphose sur le papier. Le changement de nom ne change pas grand chose au sein du Front national. En effet, les fondamentaux du parti ne bougent pas d’un iota. L'immigration est, encore et toujours, comme le fil à plomb de la pensée frontiste. Citons encore le mépris ostensible à l’égard de ses futurs éventuels alliés, dont Marine Le Pen annonce "l’obsolescence programmée", ou encore l'opacité toujours aussi totale sur les procédures pseudo démocratiques du parti. L'entourage frontiste, lui non plus, n'évolue pas. L’ex-gudard Frédéric Chatillon, par exemple, figure toujours dans la garde rapprochée de la présidente, ce qui laisse songeur sur le renouvellement promis. En clair, Marine Le Pen ne se ressemble jamais autant que lorsqu’elle veut faire croire qu’elle change tout.