Congrès du FN : l'avenir de Marine Le Pen n'a jamais été aussi incertain

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Le congrès du FN s’ouvre samedi à Lille. Marine Le Pen est seule candidate à sa succession, alors que beaucoup s'interroge sur l’avenir de cette future présidente.

C’est le paradoxe, Marine le Pen est la seule dirigeante à être solidement arrimée à son parti, et pourtant, on n’a jamais autant spéculé sur sa survie. Pas une interview où elle n’échappe à la question : "Avez-vous vraiment envie de continuer ? Etes-vous certaine d’être candidate en 2022?" Forcément, elle est coincée : si elle répond comme elle a pu le faire, "je n’ai pas l’intention de m’éterniser", les bookmakers politiques en tirent la conclusion qu’elle a perdu la foi et qu’elle est prête à passer la main. Si elle assène "au FN, je suis la seule pour l’éternité",  elle contredit son message actuel de refondation et de paroles laissées aux militants. Une situation qui trahit sa fragilité, on n’imagine pas la même question posée, par exemple, à Laurent Wauquiez le dirigeant des Républicains.

Dernière survivante du dégagisme. Pour la justifier, on peut ressasser le calamiteux débat de l’entre-deux tours de la présidentielle. Il a durablement et profondément atteint la crédibilité de la candidate auprès des français et d’une partie de ses adhérents. Mais Marine Le Pen est également victime de sa longévité. Tous les grands partis qui ont échoué à la présidentielle ont subi un effet de souffle et changé de tête. Pas le FN qui reste indéfectiblement patrimonial et patronymique. Elle est une rescapée du dégagisme et c’est suspect.

Faire alliance. Néanmoins, elle pourrait tirer avantage du questionnaire qu’elle a envoyé aux militants dans l’urgence post-présidentielle: des réponses qui nous sont communiquées, on croit comprendre que ceux-là partagent peu ou prou les convictions de leur présidente. Pas de hiatus flagrant sur les thèmes clefs à marteler, l'immigration et la sécurité. Mieux, les militants lui auraient même donné quitus pour changer le nom du Front national. En quoi ? C'est le secret le mieux gardé après le code nucléaire des Etats-Unis, à moins que Donald Trump ne le tweete par mégarde. Mais ce qui semble acquis, c’est que Marine le Pen adorerait que ce nouveau nom soit à lui seul une prophétie auto-réalisatrice, et qu’il dise ce qu’elle a échoué à faire, malgré une première étape réussie de dédiabolisation : sa capacité à nouer des alliances. Bref, qu’il évacue le passé de groupuscule du FN, qu’il dépasse son statut de parti puissant mais toujours aussi isolé, pour s’afficher enfin comme prêt à accueillir de nouveaux alliés.

Une succession déjà désignée ? Ces hypothétiques alliés restent plus que jamais introuvables aujourd’hui. Laurent Wauquiez n’a strictement aucun intérêt à lui tendre la main. Mais Marine Le Pen ne désespère pas : c’est de toute façon la seule condition de sa survie d’ici 2022. Si elle ne le fait pas, on ne lui demandera plus si "elle a encore envie : un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout". Sa nièce, Marion Maréchal-le Pen n’aura plus qu’à passer du combat culturel qu’elle est en train de mener pour l’union des droites, aux travaux pratiques politiques.