Comment les autorités françaises gèrent-elles le problème du jugement des djihadistes français ?

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Hélène Jouan évoque un sujet précis de la vie politique.

Que faire des Français ou Françaises partis en Syrie ou en Irak rejoindre l’organisation Etat islamique ? Une fois arrêtés sur place, doivent-ils être jugés là-bas ou en France ? La question embarrasse pour le moins les autorités françaises.

Un procès équitable, vraiment ? Interrogé hier sur le cas des femmes françaises détenues par les Kurdes sur le territoire syrien, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a déclaré "qu’elles avaient vocation à être jugées là-bas, si les institutions à même de leur assurer un procès équitable existaient". Sur le papier, au regard du droit qui dit que toute personne doit être jugée par les autorités du pays dans lequel elle aurait commis des infractions, le discours tient. Mais ce n’est qu’une impression

Pourquoi ? Parce que cela suppose d’abord qu’il y ait dans le pays en question, une justice en état de marche. Qui dit justice dit : tribunal, juges impartiaux et avocats. Or, au Kurdistan syrien où sont aujourd’hui détenues ces Françaises et ces Français, dont Emilie Königavec parfois leurs enfants, ce n’est absolument pas le cas. Le Kurdistan aujourd’hui n’est pas un Etat. Il est assez cocasse que le porte-parole du gouvernement semble oublier ce petit détail, à la veille de la venue du président turc à Paris. Concernant l’Irak, on peut convenir qu'aujourd’hui, c'est un état souverain et on peut donc lui reconnaître la responsabilité de juger des Français poursuivis chez eux. Et même s’il y a beaucoup à dire sur la justice irakienne, un rapport de l’ONU s’en émouvait en décembre dernier dénonçant une justice expéditive et des exécutions de masse, difficile d’admettre qu’on puisse mettre sur le même plan le système judiciaire des forces kurdes, pour le moins arbitraire, et une fois encore, non reconnu.

Et puis, enfin, les femmes dont on parle sont certes poursuivies dans ces pays pour ce qu’elles y auraient fait, mais elles le sont aussi en France, au minimum sous le chef d’accusation "d’association de malfaiteurs", leur simple départ en Syrie leur vaut cette mise en examen. Notre justice anti-terroriste n’est pas des plus clémentes, pourquoi les y soustraire ?

"Du cas par cas" par manque de courage. Alors pourquoi le gouvernement campe-t-il sur une telle position ? Par improvisation diront certains, Emmanuel Macron avait d’abord parlé de "cas par cas" pour évoquer le sort de ces femmes et hommes arrêtés sur le terrain de leurs méfaits. Par manque de courage sans aucun doute. L’opposition de droite s’engouffre aujourd’hui dans ce combat, "ils ont renié leur pays en prenant parfois les armes contre lui, la France n’a aucune obligation de secours, ni juridique ni morale à leur égard" dit-elle. L’opinion publique se laisse entraîner, pourquoi se préoccuper du sort de ceux qui ont trahi la France, avec la crainte de les voir revenir sur le territoire, en prison ou pire à terme, en liberté ?

Le courage de rendre justice. C’est pourtant une question politique, juridique et morale majeure. Il faut bien sûr prendre des dispositions de sécurité publique pour anticiper ces retours, ces procès, ces futures incarcérations, pas question d’être angéliques. Mais il faut avoir le courage de rendre justice. C’est une promesse de notre Etat de droit, le seul qui vaille contre le désordre, l’injustice, le folie de l’idéologie dans laquelle certains se sont laissés entraîner.