Brexit : la bataille des villes françaises pour récupérer les agences européennes

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Plusieurs villes européennes ont commencé à se placer pour récupérer les sièges des grandes agences européennes implantés à Londres une fois le Brexit acté. En France, où Lille et Paris, se tirent la bourre.

Après le Brexit, plusieurs grandes villes européennes se battent pour récupérer les sièges de grandes agences européennes. Mais la bataille se joue aussi entre plusieurs villes françaises, avec quelques arrières pensées politiques. Lille s’est portée candidate de longue date pour recevoir les 900 employés de l’Agence européenne du médicament, chargée de délivrer les autorisations de mise sur le marché. Pour la ville, l’enjeu est de taille.

L’AEM, c’est la promesse d’employés très qualifiés, aux revenus confortables, qui attirent des experts prestigieux. Pour vendre leur candidature, la région, l'agglomération et la Ville ont peaufiné le dossier : proximité de Lille avec Londres à 1h20 de train, pour ceux qui viendraient avec leur famille, l’ouverture d’un lycée international, un bâtiment en construction tout neuf dédié à l’agence. Le problème, c’est que 18 autres villes européennes sont en concurrence, parmi elles Copenhague, Bruxelles ou Barcelone

Paris s'invite dans la guerre des relocalisations. Paris s’est invitée dans la guerre des relocalisations, pour accueillir, elle, l’Autorité bancaire européenne, l’organisme chargé de surveiller et de garantir le système bancaire. Et le gouvernement français se mobilise à fond sur ce dossier, se jetant dans la concurrence avec Francfort pour se placer sur l’échiquier des premières places financières maintenant que la City est out. Edouard Philippe a lancé l’offensive en juillet, Benjamin Griveaux le secrétaire d’Etat en charge de l’attractivité est parti faire l’article sur place mi-septembre. A coup d’interviews pour la BBC Radio 4 et Skynews, de rencontres tous azimuts avec les banquiers, il leur a vanté la loi travail, la nouvelle fiscalité pour les entreprises, bref il leur a vendu du Macron. Le tout, en anglais, c’est la moindre des politesses.

Aubry râle. Paris et Lille sont donc sur la ligne de départ. Mais Martine Aubry râle ! "J’attends qu’Emmanuel Macron s’engage pour Lille", s’est-elle plaint publiquement mardi. Convaincue que le président joue la carte parisienne et pas lilloise. Et celle qui avait étrillé le candidat Macron, puis le président Macron, accusé de faire le "budget du CAC 40" ne comprend pas cette préférence ! Elle craint surtout qu’à jouer la carte de deux villes candidates, la France perde sur tous les tableaux. Quant à l’engagement de Benjamin Griveaux, il n’est peut-être pas non plus sans arrière-pensée politique. S’il devait ramener l’agence bancaire européenne dans la capitale, quel beau trophée pour celui qui a des vues sur Paris pour les prochaines municipales !

Réponse le 27 novembre. C’est le 20 novembre prochain que les 27 choisiront : un pays, une voix, "comme à l’Eurovision", dit-on chez Benjamin Griveaux, ce qui n’est pas forcément de bon augure pour les chances françaises. Et qu’il y a un peu "distorsion de concurrence", pas entre les villes européennes, mais entre les villes françaises. On est vraiment trop forts.