Baisse des APL : Édouard Philippe rattrapé par son passé de maire

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Le monde HLM est vent debout contre la décision du gouvernement de compenser la baisse des Aides personnalisées au logement par une baisse des loyers, et un homme en particulier est pris à partie : Edouard Philippe.

Il y a quelques jours, dans une lettre adressée aux 36.000 maires de France, le Premier ministre écrivait en préambule : "Durant sept ans, j’ai été l’un des vôtres, et je ne l’oublie pas". Rares sont les interventions où Edouard Philippe omet de rappeler son passé de maire du Havre. Dimanche soir sur C8, dans l’émission Au Tableau, où il répond à une classe d’enfants, à la question "aimeriez-vous être président, après ?", sa réponse fuse : "Ah non ! moi le seul mandat que j’ai adoré, c’est être maire. J’aime beaucoup être Premier ministre hein", se reprend-t-il aussitôt. Mais l'on sent qu’il se force un peu.

La colère des acteurs du monde HLM. Or, les dirigeants du mouvement HLM tentent précisément de le renvoyer à son passé d’élu local pour lui faire comprendre que la décision visant à compenser la baisse des APL par les organismes s’occupant d’habitat social est une hérésie. Mais pas une hérésie comptable, car vu d’en haut c’est une économie pour l’Etat sans perte de pouvoir d’achat pour les moins favorisés. Gagnant-gagnant, dit le gouvernement. Mais les acteurs du monde HLM eux, s’arrachent les cheveux : c’est ne rien connaitre à leur travail que de croire que les bailleurs sociaux sont tous assis sur leur cassette et que cela n’aura aucune incidence sur la mise en chantier de logements neufs, ni la réhabilitation nécessaire des anciens, ni sur les crédits d’entretien courant. C’est le parc social français qui va se dégrader, préviennent-ils.

Toucher Edouard Philippe au cœur. Le cri d’alerte lancé dans Le Monde, il y a deux jours, par Alcéane, premier bailleur social de l’agglomération havraise, a fait l’effet d’une petite bombe. Alcéane, menacée de déficit dès 2018 dans la ville du père du logement social Jules Siegfried, ça devrait faire réfléchir son ancien maire. À Matignon pourtant, on assure que les discussions se poursuivent et qu’une solution devrait être trouvée d’ici le vote définitif du budget. Et on s’agace de la campagne de sensibilisation lancée par le monde HLM qui défend la raison d’être du logement social comme facteur de cohésion nationale. "Vous savez combien ça coûte une pub comme ça ?", s'indigne-t-on. Le sous-entendu : de l’argent, ils en trouvent quand il le faut.

Sourde oreille. Ce que ce dialogue de sourds révèle, c’est qu'il ne faut jamais sous-estimer l’influence de Bercy pour inventer des mesures éloignées de la réalité du terrain - François Bayrou s’inquiétait il y a peu du "poids de la technostructure" sur ce gouvernement, on en a peut-être là un exemple. Mais aussi que l'on peut être oublieux de son passé d’élu local, comme semble l’être Edouard Philippe, malgré ses dénégations. Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires, et autre ancien élu local, aurait déjà baissé les bras : "Je n’arriverai pas à les convaincre qu’ils font une connerie", aurait-il lâché il y a quelques jours. Le "nouveau monde" est parfois mal-entendant.