Alain Juppé, l'homme qui part pour être rappelé

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Alain Juppé a annoncé lundi qu’il ne renouvellerait pas sa cotisation à son parti, Les Républicains, pas plus d’ailleurs qu’il ne l’avait payée en 2017. Le maire de Bordeaux a choisi "de prendre du recul".

Stendhal, Montaigne, Mauriac et lui, et lui et lui. C’est à l’écriture d’un Dictionnaire amoureux  de Bordeaux qu’Alain Juppé consacrera ses prochains mois. Une retraite, une de plus, pour l’auteur de La tentation de Venise ; une tentation qui l’a maintes fois tenaillé, à laquelle il a maintes fois cédé par choix ou contrainte, mais de laquelle il est toujours revenu. Il n’est d’ailleurs toujours pas question de mettre un point final à sa fiche Who’s who. Il est l’homme qui n’a cessé de partir en espérant toujours qu’on le rappelle.

Entre burn-out et bore-outImpossible en tout cas de lui faire dire clairement qu’il se mettait en congé de son parti, qu’il démissionnait, qu’il se carapatait de ce mouvement dans lequel il ne se reconnait plus. Rien à voir avec le bras d’honneur dessiné par Xavier Bertrand au lendemain même de la victoire de Laurent Wauquiez, s’invitant sur un plateau télé à 20 heure, pour dire "adieu LR, bonjour la vie", comme l’avait dit Lionel Jospin en son temps. Alain Juppé l’a fait à sa façon, un peu classe, un peu raide, un peu en deçà, un peu comme on annonce un congé sabbatique à son patron, entre burn-out et bore-out d’en avoir trop fait, de se sentir déclassé, en se demandant si l'on va revenir dans cette entreprise à qui on a tout donné et qui nous l’a si mal rendu. 

Un héritage éparpillé. C’est la ligne politique portée par Laurent Wauquiez, notamment sur l’Europe, qu’Alain Juppé invoque pour justifier sa volonté de "prendre du recul". Mais c’est aussi sa solitude. Que reste-t-il de son héritage ? La construction du large mouvement de la droite et du centre à l’origine de l’UMP en 2002 ? L’union s’est faite ailleurs. LR est aujourd’hui un ex-RPR souverainiste et droitier. Les partis centristes se sont égayés, ne restent que quelques individus. Où sont ses héritiers ? Quand ils ne sont pas ultra minoritaires dans le parti - son candidat Maël de Calan a plafonné à moins de 10% lors de la dernière élection -  ils se sont affranchis de lui, comme Virginie Calmels à Bordeaux, devenue numéro 2 de Laurent Wauquiez.

"Bonjour patron". Ses hommes liges, Edouard Philippe et quelques-uns de ses anciens conseillers, sont à Matignon au service de d’Emmanuel Macron, à faire la politique que lui aurait pu conduire. "Bonjour monsieur le Premier Ministre", appelle-t-il souvent l’actuel chef du gouvernement. "Bonjour patron", lui répond Edouard Philippe. Ça lui fait plaisir à Alain Juppé. D’autres que lui y verraient leur échec, lui, orgueilleux et sentimental, n’y voit que la promesse d’être un éternel recours.