À quoi servent les consultations citoyennes lancées par Emmanuel Macron ?

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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2018 sera une année blanche en France en terme électoral, mais pour autant, les citoyens sont quand même invités à s'exprimer. 

"Oyez ! Oyez, citoyens, à vous de parler !" À défaut d’être convoqués aux urnes, les Français vont en effet être largement sollicités cette année pour donner leur avis ! La démocratie participative fonctionne depuis quelques années au niveau local : ateliers d’initiatives citoyennes ou conseils de quartiers dans les municipalités, avec parfois un budget participatif dévolu directement aux administrés. La région Occitanie s'est même lancée dans la concertation directe avec plate-forme contributive et cafés citoyens pour recueillir les idées/envies des habitants pour dessiner le futur de leur nouvelle grande région. Mais les consultations lancées par le président de la République vise une autre échelle : celle de consultations institutionnalisées.

Trois enjeux majeurs. Les citoyens vont pouvoir s'exprimer sur au moins deux enjeux importants, voire trois. Enjeu sociétal d’abord, avec la PMA et son extension à toutes les femmes, avant que le gouvernement ne s’en saisisse dans un futur projet de loi. Dès le 18 janvier prochain, le comité consultatif national d’éthique lancera 4 à 5 mois de débats publics. C'est un sujet éthiquement sensible, les sondages donnent pour l’instant une majorité de Français ouverts à cette extension de la PMA, mais on sait que certaines organisations comme la Manif pour tous, vont s’engager de tout leur poids dans le combat. Alors, pourquoi ne pas donner aussi votre avis ?

L’Europe est le deuxième sujet sur lequel Emmanuel Macron souhaite enclencher des consultations citoyennes dans tous les pays de l’Union, tous ceux en tout cas qui voudront bien s’associer à sa démarche, et ce afin de recréer du lien avec une Europe mal aimée. Enfin, dernier sujet, la réforme institutionnelle, qui prévoit notamment la diminution du nombre de parlementaires, la limitation du cumul des mandats dans le temps ou l'introduction d'une dose de proportionnelle. Si le Sénat fait de la résistance, le président n’exclut pas de s’en remettre au peuple par voie de référendum.

Quelle prise en compte ? Mais que va faire l’exécutif de telles consultations ? On voit bien que dans le cadre de la PMA, le pouvoir espère tirer profit d’un débat qu’il souhaite "apaisé", mais si ce n’était pas le cas, qu’adviendrait-il de cet engagement pourtant pris par le président de la République ? Quant au référendum, on croit que c’est plus simple, vous répondez oui ou non à la question, bien qu’en réalité on répond rarement à la question posée. Mais il y a un hic, même les résultats de référendum sont parfois passés par pertes et profits. Sans remonter à celui de 2005 sur le projet de traité européen, il y a la majorité obtenue en 2015 pour la création de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes : comment le gouvernement va-t-il expliquer qu’il s’assoit dessus si, le cas échéant, il revenait sur cette décision ? Dimanche soir, Emmanuel Macron lançait un appel "engagez-vous", pour ne pas dire "rengagez-vous", "j’ai besoin de vous". L’expression citoyenne fait partie de cet engagement. Reste à avoir quelques assurances sur ce qui sera fait de cette expression.