Appel(s) du 18 juin : mythe et réalité historique

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Appel(s) du 18 juin : mythe et réalité historique
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L’appel du 18 juin 1940 fait aujourd’hui encore l’objet de nombreux débats historiques.

Depuis que plusieurs chercheurs se sont penchés de près sur la réalité historique de l’événement, dans les années 1990, la version officielle de l'appel du 18 juin 1940 longtemps imposée par les milieux gaullistes est bousculée.

Première vérité à rétablir : le 18 juin, très peu de Français ont entendu l’appel lancé sur les ondes de la BBC par le général de Gaulle. Ce n’est que les jours et les semaines suivantes que, le bouche-à-oreille aidant, beaucoup de Français déterminés à poursuivre le combat se sont mis à écouter la radio anglaise, pour y entendre les mots d’un général français refusant l’armistice. Plutôt que l’appel du 18 juin, ce sont donc généralement les appels lancés par le général de Gaulle le 19 et le 22 juin - dont les textes sont différents de celui du 18 - qu’ont entendus les Français qui l’ont ensuite rejoint à Londres. Aucun enregistrement de l’appel du 18 juin n’ayant été conservé, on confond d’ailleurs souvent l’appel du 18 avec celui du 22 juin, dont on a en revanche conservé un témoignage sonore.

La question de l’heure de la diffusion de l’appel du 18 juin continue également de diviser. Suivant la version officielle, le général est arrivé à la BBC à 18 heures (19 heures en France). Il y aurait aussitôt prononcé son appel, qui aurait été diffusé en direct. Or, si de Gaulle a bien enregistré son appel à 18 heures, celui-ci n’a en réalité été diffusé qu’à 22 heures (23 heures heure en France). Car la BBC devait auparavant faire écouter à ses auditeurs un discours prononcé dans l’après-midi par Churchill, nettement plus important à Londres que l’appel d’un général français en exil.

Enfin, en l’absence de tout enregistrement, le texte même de l’appel suscite le débat. De Gaulle a authentifié une version commençant par les deux phrases suivantes : "Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat". C’est la version généralement retenue. Mais, sous la pression du gouvernement britannique, qui, le 18 juin, voulait encore ménager le gouvernement du maréchal Pétain, ces deux premières phrases ont en fait été remplacées, dans la version réellement diffusée, par deux autres, nettement plus consensuelles : "Le gouvernement a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables pourrait cesser le combat. Il a déclaré en outre que la lutte devait continuer si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la dignité et l’indépendance de la France."