Un Japonais sur cinq met sa vie en danger en travaillant trop

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SAISON 2016 - 2017

Les autorités japonaises publient leur premier livre blanc pour alerter sur le seuil Karoshi, la limite de travail acceptable pour les employés.

Dans la presse internationale, une entreprise japonaise offre un bonus à ses salariés, pas pour qu’ils travaillent plus, non, mais pour qu’ils travaillent moins car leur vie est en danger.

C’est le journal Yomiuri Shimbun qui rapporte cette histoire. Une entreprise de sécurité financière à Tokyo a installé hier, sur les smartphones de ses employés, une application qui enregistre le moment où ils franchissent la porte et s’ils partent plus tôt et qu’ils font moins d’heures supplémentaires, de l’argent leur sera versé, pour visiter les spas ou les restaurants du quartier. C’est important car c’est le premier signe d’une timide prise de conscience au Japon, dans les entreprises, que le travail peut tuer. 23% des compagnies emploient des gens qui font régulièrement plus de 20 heures supplémentaires par semaine et au Japon ce seuil, a un nom, on l’appelle le seuil Karoshi, à partir duquel un employé risque la mort, par crise cardiaque ou par suicide, s’il ne lève pas très vite le pied.

Et cela devient une inquiétude majeure de santé publique ?

Bien sûr car des gens meurent, c’est réel, au Japon. Au point que le ministère de la Santé vient de publier son premier livre blanc sur le sujet et les chiffres que l’on y découvre sont ahurissants. Plus d’un salarié sur cinq au Japon travaille plus de 50 heures par semaines, c’est cinq fois plus qu’en France. Une centaine de décès ont été reconnus l’an dernier, comme directement liés au surmenage au travail et ce ne serait que la pointe de l’iceberg. Les autorités soupçonnent que ces horaires délirants seraient en fait la cause de 2.200 suicides. Selon le gouvernement lui-même, 20% des salariés japonais, courent un risque de mort. Le constat est affolant mais il faut au moins ça pour éveiller les consciences.

Parce qu’on a le sentiment que pas grand-chose ne change.

Le gouvernement fait des posters, des campagnes de communications, quand c’est la législation qu’il faudrait changer et interdire les heures supplémentaires. Le mois dernier, un jeune homme est mort de crise cardiaques après plusieurs semaines de 60 heures à couper des plaques d’acier. Changer les lois et la culture d’entreprise, les Japonais voient trop souvent le don de soi comme un signe de loyauté.