Taïwan : un sujet toujours très sensible en Chine

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Derrière le buzz est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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La définition du mot Taïwan a été arrachée des dictionnaires Webster en Chine, ce qui amuse grandement la presse taïwanaise.

Dans la presse internationale, la presse taïwanaise s’amuse de l’absurdité d’une censure en Chine. Dans son refus de reconnaître l’Île-État, la Chine s’en prend aux dictionnaires. 

Oui alors pas, les éditions chinoises, qui ne mentionnent évidemment pas Taïwan, mais le plus populaire des dictionnaires américains, Webster, qui fait autorité en langue anglaise. Les nouveaux exemplaires arrivés ce mois-ci dans les librairies de Shangaï étaient tous sortis de leurs pochettes, et leurs acheteurs ont découvert qu’ont avait carrément arraché deux pages, les pages 933 et 934. Pleins de curiosité, ils ont posté leur étonnement sur Twitter. Quel mot si subversif essaie-t-on de nous cacher ? Des Taïwanais leur ont répondu, simplement la définition de Taïwan, très classique, façon dictionnaire : île au sud-est de la Chine, siège depuis 1949 de la république de Chine (c’est le nom officiel de Taïwan), 35.000 kilomètres carrés, 23 millions d’habitants. Voilà.

Pour le bureau de la censure chinoise, c’était insupportable. Pékin a toujours revendiqué sa souveraineté sur l’île, où les nationalistes chinois s’étaient repliés en 49 quand ils ont été chassés du pouvoir par les communistes de Mao. Et si les échanges économiques ont largement repris, les drapeaux de Taiwan sont systématiquement floutés à la télévision et cette censure du dictionnaire n’est pas nouvelle même si on la découvre grâce aux réseaux sociaux, la définition dans les précédentes éditions était noircie ou proprement découpée aux ciseaux.

On connaît les tensions entre les deux territoires, mais effacer un mot, cela paraît un peu grotesque.

On comprend que le réchauffement n’aura pas lieu demain. Les tensions se sont même accrues considérablement depuis l'élection, en janvier dernier à Taiwan, d’une nouvelle présidente, dont le camp, le parti démocrate progressiste, revendique historiquement l’indépendance de Taïwan, en opposition au Kuomintang qui avait initié un rapprochement. Kuomintang qui s’est fait détrôner aux législatives. Le nouveau pouvoir en place a refusé de reconnaître le principe, essentiel aux yeux de Pékin, d’une seule Chine, une sorte de statut quo, auquel les deux rives du détroit s’en étaient tenues depuis 92. Pas de quoi affoler Pékin, dont la stratégie d’isolation de l’île fonctionne à merveille. une vingtaine de pays seulement, surtout des micro-États, ont reconnu Taïwan, et l’île est totalement dépendante économiquement du continent. Pas de quoi troubler non plus a priori les Chinois, qui s’accomodent de ce genre de censure. Une étude du Pew Research Center a montré la semaine dernière que pour 77% d’entre eux, leur mode de vie devait être protégé des influences étrangères.