"Les mots de Jean-Marie Le Pen ne sont plus bannis, ils se vendent"

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C'est du Clauss est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
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"Clauss toujours". L'humeur de François Clauss, tous les samedis et dimanches matins à 8h55 sur Europe 1.

Bonjour François

Bonjour Wendy, bonjour à tous et toutes

Les mots de Jean-Marie Le Pen ne sont plus bannis. Ils se vendent. Celui qui fut trois fois condamné pour son "détail" de 1987 est devenu en 2018 la star de l'édition française. "Fils de la nation - Mémoires de Jean-Marie Le Pen", tome 1 tiré à 50.000 exemplaires est déjà épuisé. Celui qui fut interdit de micro dans les années 80 est devenu une star de plateaux de télé, que l'on s'arrache, que l'on invite, parfois par ceux-là mêmes qui, il y a 20 ans, voulaient le museler.

A tous ceux qui ne verraient dans ce triomphe de librairie qu'une forme d'empathie pour un vieil homme de 90 ans, au destin hors norme (une tranche de vie à la française), la petite fille Marion nous recadre immédiatement. Elle, que l'on pensait repliée dans son Vaucluse auprès de sa famille, réussit au même moment (simple hasard du calendrier ? On a du mal à y croire) un tonitruant come back. Au pays du néo conservatisme américain, invitée en grandes pompes, il lui suffit d'une petite phrase pour revenir au centre du jeu "La fille aînée de l'Eglise, après 40 ans d'immigration, de lobbying islamique et de politiquement correct, est devenue la petite nièce de l'Islam". En détournant le célèbre appel de Jean-Paul II à la jeunesse française en 1982, Marion Maréchal Le Pen embrase la toile.

Oui, le FN, à une semaine d'un congrès où l'on "ripolinera" la façade fissurée, où l'on deviendra "Le mouvement des nationaux" revient au coeur du jeu, celui du débat idéologique, atone, dans cette France que l'on dit ni de droite, ni de gauche, où le combat des idées semble abandonné par une gauche laminée et une droite macronisée.

On oublie trop vite comment, en un demi-siècle, le FN a colonisé le champ lexical et politique  de notre pays. On a oublié que ce n'est qu'en 1984 que Jean-Marie Le Pen fera sa première télé (L'heure de vérité"). Oublié qu'en 1996, le parti banni, qui militait via le minitel, sera le premier à investir le champ d'internet, là où les idées infusent. 

A ceux qui ne retiennent que le pathétique débat de l'entre deux-tours de Marine Le Pen, il est peut-être temps de leur rappeler que 11 millions de Français ont voté pour elle (deux fois plus que son père en 2002) et que 12 millions de Français ne sont pas allés voter. C'est vers eux que le Front national diffuse, infuse.

Comme si de Jean-Marie à Marion l'extrême droite était le seul aujourd'hui à avoir épousé la fameuse théorie du penseur marxiste italien, Antonio Gramsci. Il n'y a pas de victoire électorale à terme sans la victoire des idées.

L'Italie, précisément, ce pays qui portait au pouvoir il y a tout juste 4 ans un jeune homme de 40 ans, plutôt de gauche mais pas tout à fait, promettant l'entrée dans un nouveau monde libéral et mondialisé, cette Italie qui s'apprête ce week-end, 4 ans plus tard, à offrir les clés du pouvoir à une alliance portée par une momie de 81 ans et de deux partis ouvertement mussolinien.

Oui, Wendy, dans le triomphe de librairie du père et dans le tonitruant retour de la petite fille, il y a beaucoup plus qu'un anecdotique flashback et d'un hypothétique come back.