Vers un front commun contre Daech... avec Moscou ?

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Autour du monde est une chronique de l'émission Europe nuit
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Au terme de la visite de François Hollande en Russie, Vladimir Poutine s'est dit prêt à coopérer dans la lutte contre Daech. Mais quand est-il vraiment ?

Visiblement, ce soir au Kremlin, le ton entre François Hollande et Vladimir Poutine était plutôt amical, loin de cette tension qu’on avait connue au moment de la crise ukrainienne. Mais au terme d’une semaine de marathon diplomatique qui a vu le président français tour à tour à Washington et à Moscou, et multiplier les rencontres à Paris avec ses partenaires européens, l’idée d’un front uni contre Daech a-t-elle vraiment progressé ?

Dans les esprits, peut-être, espérons-le, mais dans les faits, pas vraiment. Et c’était à prévoir. Tant il reste d’étapes à franchir pour voir la communauté internationale oublier ses dissensions et ses intérêts divergents, pour se réunir, et prendre enfin à bras le corps le dossier syrien, et surtout son avatar, le pseudo Etat islamique. On avait d’ailleurs très vite senti que la France elle-même avait révisé son ambition en préférant ces derniers jours, mettre l’accent sur une coopération et sur une coordination renforcée. Et l’épisode de la destruction de l’avion russe par la chasse turque a douché les espoirs des derniers rêveurs... Cela dit, François Hollande a quand même eu raison de lancer cette offensive tous azimuts. D’abord, parce que rien ne remplace une diplomatie d’homme à homme, entre des dirigeants qui ne se comprennent jamais aussi bien que lorsqu’ils se rencontrent. Ensuite, parce qu’elle replace la France, pas seulement au niveau d’une victime du terrorisme, mais au cœur de l’action en Syrie, sur le plan militaire, comme sur le plan diplomatique.

Ce soir à Moscou, le président Poutine a tout de même affirmé qu’il était prêt à coopérer dans la lutte anti-terroriste. Ce qui est plutôt encourageant ?

Oui mais comme souvent avec les Russes, il y a un décalage entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font… Poutine a donné l’ordre à ses diplomates de voter à l’Onu la résolution d’inspiration française contre Daech. Il a aussi donné l’ordre à la marine russe de se concerter avec le pacha du Charles de Gaulle. Et au lendemain des attentats, les télévisions de Moscou ont largement diffusé les images de ces équipages russes qui inscrivaient « Pour Paris » sur les bombes qu’ils allaient larguer en Syrie… Mais avant de recevoir le président français, Vladimir Poutine a d’abord fait cette semaine le voyage de Téhéran, pour confirmer l’alliance de la Russie avec l’Iran, et surtout pour réaffirmer leur soutien à Damas. Et en Syrie, si les frappes russes ciblent aujourd’hui un peu plus Daech qu’avant, ce sont les forces rebelles qui restent les premières visées. Et c’est d’abord le régime d’Assad que la Russie cherche à sauver… De son coté, en désignant Daech comme l’ennemi numéro 1 et en renvoyant à plus tard la question d’Assad, François Hollande a montré qu’il était prêt à réviser sa politique, quitte à mettre un mouchoir sur ses principes. Et à Moscou, toute la question était de savoir si Poutine était lui aussi prêt à changer de pied et à faire de la lutte contre Daech sa nouvelle priorité. Et ce soir, malgré les bonnes paroles, on n’y est pas encore…  

Et concrètement, est-ce que la visite de François Hollande à Washington a été plus fructueuse ?

A vrai dire, pas tellement. Washington a refusé toute idée d’un rapprochement avec la Russie, tant qu’elle ne donnera pas les preuves tangibles d’un changement de stratégie en Syrie. Et au-delà des signes d’affection et de solidarité, la France a même été fortement incitée à ne pas se bercer d’illusion avec Moscou, et à ne pas lâcher trop de lest au nom d’un rassemblement qui est chimérique aux yeux de l’Amérique. Là-dessus, Barack Obama a été assez clair… 

La chancelière Merkel a indiqué hier que l’Allemagne agira aux côtés de la France. Est-ce qu’on peut au moins parler d’un front commun européen contre Daech ?

Sur la forme certainement, même si sur le terrain en Syrie, ça ne sera pas vraiment significatif. L’Allemagne pourrait au mieux déployer des avions de ravitaillement ou de reconnaissance. Il y aura sans doute aussi des avions de combat britanniques, si le parlement finit par donner son aval la semaine prochaine. Et peut-être qu’ensuite d’autres européens viendront à leur tour. Mais là, il s’agissait avant tout pour François Hollande de montrer que les poids lourds de l’Europe étaient aux côtés de la France, chacun à sa façon...    

Et maintenant, quelle est la suite de cette offensive diplomatique  de la France?

La semaine prochaine, on peut imaginer qu’on va encore beaucoup parler de Syrie, en marge de la Cop 21. Il y aura ensuite un nouveau round de négociations entre toutes les puissances concernées, sans doute  à Vienne. Et tout indique qu’en définitive, c’est là que le sort de Daech sera scellé. Du moins on peut l’espérer.