Sommet de l'OTAN : les conséquences du Brexit sur la Défense de l'UE

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Autour du monde est une chronique de l'émission Europe nuit
Partagez sur :

Le Brexit aura-t-il pour conséquence une avancée dans le projet d'une Europe de la Défense ou un recul ?

Varsovie, la capitale de la Pologne a commencé à se transformer en forteresse, et pour cause : dans trois jours c'est le sommet de l'OTAN. 40 chefs d’États ou de gouvernements (Hollande, Obama, Poutine et Cameron entre autres) seront présents. Et un sujet sera sur toutes les lèvres : le Brexit. Ce changement majeur va avoir des conséquences sur la Défense européenne. Bonnes ou mauvaises nouvelles ?

C'est en tout cas un sujet d'inquiétude, car personne ne sait de quel côté ça va tomber. La réalité, c'est que la Grande-Bretagne et la France sont les deux puissances militaires majeures en Europe. Ce n'est pas que l'Allemagne, la Pologne ou l'Italie n'ont pas de puissance militaire, mais la France et la Grande-Bretagne sont les deux seuls pays qui ont les moyens et la volonté d'agir. Ces deux pays sont aussi membres du conseil de sécurité de l'ONU. La France et la Grande-Bretagne représentaient à peu près 50% des capacités d'intervention et de projection des forces européennes. C'était donc le pilier européen de l'OTAN. Les autres pays de l'UE apportant quelques petits "plus": une brigade par-ci, une compétence par-là, quelques forces spéciales, etc.

Donc au niveau européen, il y a une véritable inquiétude sur l'avenir de sa Défense, même si pour l'OTAN à proprement parler rien ne change. En termes d'autonomie militaire de l'Europe - ce que demandent les États-Unis - il y a un véritable point d'interrogation qui plane toujours.

Pour les États-Unis, la Grande-Bretagne qui sort de l'Europe signifie-t-il la perte d'un allié ?

Techniquement, ils ne perdent pas d'allié, mais il y a un vrai doute sur la capacité de construire un pilier européen autonome. Depuis un certain nombre d'années, les États-Unis sont en train de se réorienter vers l'Asie-Pacifique, donc ils aimeraient bien que les Européens reprennent un peu plus à leur compte la sécurité extérieure. Jusqu'à présent, c'était donc la France avec notamment ses interventions au Mali, mais aussi la Grande-Bretagne qui accompagnait toutes les opérations américaines.

Dans la corne de l'Afrique pour la mission Atalante ?

Effectivement. Atalante soulève une interrogation concrète. C'est une opération internationale (Combined Task Force 150) mais une opération européenne également. Or, le commandement européen de cette opération contre la piraterie dans le passage maritime au large de la corne de l'Afrique (avant le canal de Suez) est basé en Grande-Bretagne, à Norfolk. Le fait que la Grande-Bretagne quitte l'UE va naturellement poser la question du déplacement de ce commandement.

Est-ce qu'a contrario le Brexit pourrait relancer l'idée de Défense européenne que Londres bloquait jusqu'à présent ?

C'est toujours un peu contradictoire, la Grande-Bretagne est à la fois un moteur et un frein. Puisqu'elle a des compétences et des capacités, elle représente un moyen d'aller de l'avant dans un contexte d'une Europe clairement frileuse au projet de Défense (car idéologiquement très pacifiste). En revanche, les Britanniques étaient jusqu'à présent opposés à l'intégration de leur Défense nationale à l'Europe. Ils ont toujours eu une préférence pour l'OTAN et leur alliance avec les États-Unis par rapport à la création d'un quartier général opérationnel en Europe par exemple. Le départ de la Grande-Bretagne peut relancer ce genre d'améliorations. Mais c'est encore un peu tôt pour trancher.

Chronique réalisée par Didier François