Drame des migrants : la révélation d'une Europe navrante

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Autour du monde est une chronique de l'émission Europe nuit
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Henri Guirchoun revient ce soir la question des migrants qui sèment de plus en plus la "zizanie" en Europe.


Rarement l'Europe aura offert une telle image de désunion :

La France et l'Allemagne ont demandé à l'Italie de respecter les règles européennes du droit d'asile, le premier premier ministre italien Matteo Renzi menace quant à lui d'ouvrir ses frontières si la Commission Européenne ne parvient pas à imposer son projet de quota et pour couronner le tout, la Hongrie vient d'annoncer qu'elle allait ériger un mur pour bloquer sa frontière avec la Serbie.

Compte tenu de ces différents éléments, nous pourrions paraphraser Karl Marx et dire que si un spectre hante désormais l'Europe, c'est celui des migrants. En effet, le drame de ces nouveaux "damnés de la Terre" agit comme une sorte de révélateur de cette Europe sans boussole, Europe qui devient de plus en plus frileuse, égoïste, repliée sur elle-même, en un mot : navrante.

Quels responsables ?

Nous pourrions en accuser les gouvernements, qui agissent bien souvent à courte vue, paralysés par le souci de leur réélection et par la peur de faire le jeu des populistes en provoquant ce qu'ils appellent dans leur jargon : des "appels d'air". Mais à leur décharge, il faut aussi souligner les paradoxes des opinions publiques qui sont à la fois horrifiées par les récits et les images des naufrages, mais assez indifférentes, voire hostiles au sort des survivants qui tentent de se refaire une nouvelle vie chez nous.

Voilà pourquoi l'Europe n'a toujours pas de politique commune sur l'immigration ou sur le droit d'asile, pourquoi elle se déchire au lieu de se rassembler, sur le sort de ces pauvres gens que l'on présente comme une menace alors qu'ils sont les victimes, et pourquoi, enfin, elle en vient à oublier les valeurs qui forment son propre socle, sa raison d'exister. Ce n'est plus seulement une question de politique : l'Europe risque tout simplement de perdre son âme.

Quelques chiffres :

Cette année, en Méditerranée, le cap des 100 000 migrants a été franchi, et pour reprendre une formule célèbre, l'Europe ne peut pas "accueillir tout la misère du monde". Elle ne le peut pas, mais la réalité, c'est qu'elle ne le fait pas, et qu'elle est même très loin de le faire. En effet le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU vient de publier une étude très alarmante qui montre qu'il y a désormais 60 millions de réfugiés dans le monde, ce qui constitue un niveau record. Trois pays sont principalement à l'origine de cet exode : la Syrie, l'Afghanistan et la Somalie, et trois pays sont devenus les principales terres d'accueil : la Turquie, le Pakistan, et le Liban, qui ont recueilli des millions de personnes. 9 réfugiés sur 10 se retrouvent dans des pays considérés comme "moins développés", et pas dans les pays riches. Un chiffre à mettre en parallèle avec les 300 000 migrants dont il est question en Europe et qui représentent une "goutte d'eau" par rapport aux 500 millions d'européens.

Le cas Hongrois :

En dressant un mur à sa frontière avec la Serbie, la Hongrie contrevient-elle aux règles européennes ?

Légalement non. Mais cette initiative, dont l'efficacité reste à prouver, relève avant tout d'une volonté de provocation dont le premier ministre, Victor Orban, populiste et europhobe, est assez coutumier,( il y a quelques temps, il avait envoyé à la population un questionnaire dans lequel il lui demandait si elle préférait que les immigrants soient placés en détention ou immédiatement expulsés).

Le cas Italien :

L'italien Mattéo Renzi menace l'Europe d'un "plan B". Concrètement, il serait prêt à accorder un laisser-passer de trois mois à tous les demandeurs d'asile, ce qui est une façon de contraindre les autres européens à partager le fardeau de l'immigration et à imposer cette idée de quota, tout en montrant à l'opinion publique qu'il fait preuve de fermeté après son échec aux élections municipales et régionales, qui ont montré que les populistes italiens ont de nouveau le vent en poupe.

Preuve supplémentaire qu'en Italie comme ailleurs, l'Europe est moins que jamais gouvernée par ses principes. C'est tragique pour les migrants, mais cela peut aussi devenir mortel pour elle.