Burkina Faso : Roch Marc Kaboré vainqueur de la première élection présidentielle libre

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Autour du monde est une chronique de l'émission Europe nuit
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L’ancien premier ministre, Roch Marc Kaboré, a remporté l’élection présidentielle du Burkina Faso dès le premier tour.

Dans sa chronique internationale, Henri Guirchoun nous conduit au Burkina Faso où Roch Marc Kaboré est le vainqueur de la première élection présidentielle libre du pays.

L’ancien premier ministre, Roch Marc Kaboré, a remporté au premier tour l’élection présidentielle de dimanche, en obtenant la majorité absolue avec 53,49%  des suffrages. Et un an après l’insurrection populaire qui a renversé l’ancien président Blaise Compaore, c’est une nouvelle page qui s’ouvre pour le Burkina Faso.

Celle d’un pays qui est parvenu à surmonter bien des obstacles pour s’ancrer dans la démocratie. Le moins qu’on puisse dire est que jusqu’ici, ça n’a pas du tout été aussi évident qu’il y parait aujourd’hui, au lendemain de ce premier scrutin libre. Ni en octobre 2014, pendant ces journées de colère où le peuple affronte la police et les nervis du régime, il y a des morts et de nombreux blessés. Un régime qui finit pourtant par s’effondrer avec un Blaise Compaore contraint à l’exil après 27 années au pouvoir. Et rien non plus ne semble davantage acquis en septembre dernier, pendant la tentative de putsch des hommes du régiment de la sécurité présidentielle, l’ancienne garde prétorienne de Campaore, qui prennent en otage les chefs du gouvernement de transition pour reprendre le pouvoir à Ouagadougou. Là, c’est une nouvelle mobilisation, à la fois du peuple et de l’armée régulière qui les contraint finalement de rendre les armes. Mais en septembre, tout indique que le Burkina marche encore au bord de l’abime. Alors c’est vrai qu’aujourd’hui, ce qui se passe est assez enthousiasmant. Avant même l’annonce des résultats, le candidat malheureux, Zephirin Diabre est allé en personne féliciter le vainqueur. Il a immédiatement reconnu sa défaite en précisant aussi qu’il n’y aura pas de contestation. Le Burkina a vraiment changé d’époque.    

Pourtant le nouveau président, Roch Marc Kaboré n’est pas un nouveau venu de la vie politique du Burkina. Il a même longtemps été l’un des principaux barons du régime Campaore.

Absolument, c’est un économiste de 58 ans qui s’est formé en France, et qui a émergé très jeune, dans le sillage de Thomas Sankara, le père de la révolution marxiste du Burkina, qui sera assassiné en 1987. Roch Kaboré a été plusieurs fois ministre et même Premier ministre, il a aussi présidé l’assemblée nationale et même dirigé le parti au pouvoir. On l’a longtemps considéré comme le principal dauphin de Blaise Compaore, avant qu’il tombe en disgrâce pour des raisons assez obscures. Et c’est cette rupture qui va lui servir de tremplin. Dans l’opposition, et surtout contre Blaise Compaore qui veut changer la constitution pour se maintenir au pouvoir. Une initiative qui finira par provoquer sa perte.

Est-ce qu’il n’y a pas tout de même quelque chose d’étonnant à voir Roch Kabore incarner cette volonté de changement, un an après le renversement de l’ancien président ?

C’est vrai que c’est un peu le paradoxe du Burkina. Mais c’est un politicien très habile, un bon organisateur, entouré de conseillers qui sont pour la plupart comme lui, des transfuges de l’ex-parti au pouvoir. Et il a surtout fait une bonne campagne, à la fois dans les villes et dans ce milieu rural où se trouvent la majorité des électeurs. En expliquant qu’il fallait certes, multiplier les réformes pour conduire le changement. Mais qu’il fallait pour ça des hommes d’expérience qui connaissent bien les rouages de l’Etat. Et c’est visiblement ce qui lui a valu cette victoire aussi nette.

Après la chute de Blaise Compaore, on a parfois parlé d’un printemps africain. Le Burkina est-il devenu un modèle pour toute l’Afrique ?

Pour de nombreux Africains, certainement. A commencer par les jeunes et les sociétés civiles, qui étouffent sous le poids de ces présidents à vie et de leurs clans, qui s’accaparent les richesses et se croient intouchables. Mais un modèle exportable, hélas non, car pour une alternance réussie, par exemple au Sénégal ou au Nigeria, combien de despotes continuent de s’accrocher par tous les moyens au pouvoir ? On l’a vu récemment au Burundi ou au Congo Brazzaville, et peut-être demain au Rwanda ou à Kinshasa. Il y a de multiples raisons qui peuvent l’expliquer. Mais le Burkina reste tout de même un petit miracle.