Bras de fer entre Washington et la Silicon Valley

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Autour du monde est une chronique de l'émission Europe nuit
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Apple refuse aux services de renseignement des États-Unis l'accès aux renseignements cryptés du téléphone d'un des terroristes.

L'affrontement judiciaire s'annonce particulièrement musclé, avec d'un côté la communauté américaine du renseignement, 17 services spécialisés, plus de 100.000 agences, 55 milliards de dollars de budget annuel, avec en tête de pont le FBI totalement soutenu par la CIA et la NSA. De l'autre côté, les plus grandes multinationales de téléphonie mobile se sont rangées derrière Apple, 170 milliards de dollars de chiffre d'affaires, dont le géant Google (50.000 employés, pour une capitalisation de 550 milliards de dollars). C'est un vrai choc de Titans qui se prépare, la plus grande bataille entre un appareil d’État et le secteur privé.

L'enjeu : ouvrir une porte dérobée vers les données contenus dans les mobiles

Les entreprises privées doivent-elles, au nom de la lutte contre le terrorisme, ouvrir aux services du renseignement, une porte d'accès dérobée à leurs téléphones portables ? Pour les services spéciaux, la réponse est clairement oui, car aujourd'hui l'unique moyen de lire ces données est d'ouvrir cette "porte." Mais Google et Apple s'y opposent car ce serait une atteinte à la confidentialité de leur correspondance et à la confiance de leur client. Apple explique sur son site que les téléphones sont de véritables ordinateurs dépositaires de nos informations privées. Le cryptage se doit d'être impénétrable. Le directeur de la NSA explique que s'il n'y avait pas eu ce cryptage il n'y aurait pas eu d'attentats à Paris, de même que le directeur du FBI estime que l'iPhone lui interdit l'accès au téléphone d'un des terroristes de l'attentat de San Bernardino (14 morts, 22 blessés).

Pourtant, il y a bien une injonction officielle obligeant Apple à collaborer avec les autorités ?

Le jugement rendu par la cour fédéral est ambivalent, car Apple doit "apporter une assistance technique raisonnable." Ce terme veut tout dire, et rien dire en même temps, car en l'état de la technologie il n'y a pas de solution médiane. Soit les fabricants ouvrent une brèche dans le cryptage au risque de mettre en péril les données privées des utilisateurs, soit ils ne le font pas, rendant plus probable le risque d'attentats. Tous les services occidentaux regardent cette affaire avec la plus grande attention, car même s'ils n'ont pas le poids des autorités américaines, leur décision fera sûrement jurisprudence.

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