Transformer la ronde du négatif des réseaux sociaux en source d'inspiration

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Nous allons passer en moyenne cinq ans et quatre mois de notre vie sur les réseaux sociaux. Et pour ne pas gâcher ce temps précieux, autant en faire quelque chose de positif.

Anne, vous avez passé un certain temps sur les réseaux sociaux…

Un certain temps, c’est peu de le dire ! En moyenne, au cours de notre vie, nous passons cinq ans et quatre mois sur Facebook, Twitter, Instagram et consorts. Et ça, c’est chez l’adulte à peu près équilibré. Pour ce qui est des adolescents d’aujourd’hui, en revanche, je pense qu’on peut s’apprêter à tripler la mise. Alors quitte à passer autant de temps sur votre compte, vos profils, vos filtres, et vos vidéos, autant que ça serve à quelque chose, vous croyez pas ? Ne serait-ce que pour avoir l’impression de ne pas avoir jeté toutes ces années par la fenêtre. Juste histoire de se dire que l’on consacre quelques années de sa vie à quelque chose de positif, à promouvoir du beau, du sensible, à rendre le monde un peu meilleur, à faire sa part de colibri comme dit Pierre Rabhi.

Sur les réseaux sociaux, on se croit presque tout permis. Parce que pour l’heure, je suis sûre que votre fil d’actu ressemble au mien. Une sorte de gigantesque ronde du négatif, du déprimant, de l’inconstant, de l’éloge du vide… Et qu’en faisant défiler tous ces posts, "en scrollant" comme dit le jeune, vous ne tombez ou presque que sur de la rancœur, des messages de haine, du glauque, du sordide… Là, devant vos yeux, le post d’un contact Facebook qui pourrit la politique actuelle, celui d’un collègue qui nous fait vivre la prune qu’il vient de se prendre sur son pare-brise et son lot d’insultes pour la contractuelle qui n’a fait que son travail. Il y a celui qui lamine la vie avec un grand V, se sentant pousser des ailes pour partager avec ses 453 contacts sa mauvaise humeur, sa frustration, son avis sur la météo… Il y a celle qui partage le fait divers sordide qui passionne certes, toute la France mais qui ne se rend pas compte qu’en écrivant à nouveau là-dessus, elle nourrit la peur et perd un peu plus de confiance. Il y a celle qui critique ses enfants. Et quand on le fait sur Facebook, c’est un peu comme si on prenait un porte-voix sur la place du marché pour hurler que le petit Léo ne fait toujours pas ses nuits et qu’elle est à deux doigts de le mettre à l’adoption. Oui, hurler dans un porte-voix, dans l’espace public, tout de suite, ça sonne différemment. Alors que sur Facebook, bizarrement, à l’écrit, on se croit presque tout permis.

Qu’est-ce que vous préconisez Anne ?

L’une des phrases qui m’inspirent au quotidien (c’est presque mon mantra, je dois dire, celle qui me fait lever le matin), c’est celle d’Edith Wharton. Vous savez, c’est cette romancière américaine décédée en France en 1937 qui disait : "Il y a seulement deux manières de répandre la lumière : soit vous êtes lumière, soit vous êtes le miroir qui reflète la lumière." Et si à l’avenir on essayait de promouvoir ce que l’on aime, ce qui nous inspire, plutôt que de démolir ce qui nous ulcère et d’utiliser notre mur Facebook, comme un défouloir ou un paillasson. Franchement, posez-vous la question. Est-ce que vous, vous aimeriez lire une ribambelle de posts qui dénigre la vie en général, qui taille des shorts à tout-va, qui tape sur le système tant qu’on peut ou plutôt venir chercher sur ces réseaux, de l’inspiration, de la motivation, des belles histoires, écouter des gens qui s’en sont sortis, qui se sont accomplis, qui se sont réparés, qui ont décidé de partager leur expérience pour embarquer le plus grand nombre dans cette spirale vertueuse ?

Réfléchir avant de poster. Dans "réseaux sociaux", il y a "sociaux". C’est donc bien pour socialiser, non ? Alors je vous propose, je vous invite même, à prendre ne serait-ce que cinq secondes avant de poster un message, avant de Twitter, avant d’envoyer un mail professionnel, un SMS même et à vous interroger : est-ce que les mots que j’envoie peuvent inspirer quelqu’un, le tirer vers le haut, l’élever ? Est-ce que mon post pourra toucher un contact, un ami et l’aider ? Est-ce qu’avec ce message, j’apporte une réelle contribution au monde ? Ou est-ce que je vais simplement le plomber davantage ?