Respecter la notion du temps présent de son enfant

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Pour préserver l'insouciance de son enfant, il est important de respecter, le plus souvent possible, son rythme et sa notion du temps présent.

Aujourd’hui, comme tous les mercredis, on s’occupe des plus petits…

Toujours dans l’idée de mettre un peu plus de conscience dans notre lien avec eux. Oui, dans cette chronique, on met tout en œuvre pour ouvrir un nouveau chapitre d’éducation bienveillante plutôt qu’un petit compte-épargne thérapie, là, juste au-dessus de la poussette, en état stationnaire ! Oui, l’enfance est une saison relativement courte, alors si on pouvait éviter de la torpiller, comme on nous l’a torpillée ? Faire partie de ceux qui changent la donne plutôt que d’être dans l’équipe qui passe le paquet de linge sale à son voisin ou à sa descendance, ce serait bien. Vous savez, c’est un peu comme au boulot. Avez-vous envie de jouer dans la même cour que ce collègue qui en a bavé pour arriver à ce poste-là, et qui fera trimer le moindre stagiaire, ou le fraîchement débarqué, rien que pour le principe, parce qu’ y a pas de raison ? Ou préférez-vous suivre cet homme charismatique ou cette femme inspirante, qui vous embarque dans son sillage et qui vous tire vers le haut ? 

Alors aujourd’hui, je vous propose de relever les chronos et les compteurs ! Oui, combien de fois avez-vous prononcé "dépêche-toi !" depuis ce matin ? "Dépêche-toi, on va être en retard ", "dépêche-toi de manger ton petit déjeuner", "dépêche-toi de t'habiller", "dépêche-toi de te brosser les dents", "dépêche-toi de te mettre au lit"… Et sur la face B de votre 45 tours, il y a le même titre, mais avec une version menaçante où chacune de vos phrases se termine par "si tu ne te dépêches pas". "On va tout rater si tu ne te dépêches pas", "papa va se faire virer si tu ne te dépêches pas", "maman va se mettre à pleurer si tu ne te dépêches pas", "Donald Trump va vitrifier la Corée du Nord si tu ne te dépêches pas !" Oui, il y a un immense décalage entre nos buts à atteindre, nos projections dans le temps, nos plannings overbookés et le petit enfant, bel et bien ancré dans le présent ! Essayons donc de préserver l’insouciance de celui-ci en respectant le plus souvent possible son rythme et sa notion du temps présent. Oui, il est possible de ne pas lui dire "moi, je m’en vais !" et ainsi de raviver au chalumeau, sa blessure d’abandon. L’idée n’est pas de "semer son enfant, mais plutôt de lui signaler le départ et de lui laisser la liberté d’aller à son rythme. Alors plutôt que "je m’en vais", on pourra dire "je commence à m’avancer, tu me rejoins ?", "je commence à y aller, je te laisse le temps de dire au revoir à tes copains et tu me rejoins à l’entrée du square ?" Ou alors "de quoi as-tu besoin avant d’y aller ?" qui prévient l’enfant qu’on est sur le départ, mais qui prend en compte son besoin qu’il pourra ainsi exprimer.

On peut aussi transformer certaines tâches du quotidien sous la forme de jeu…

Oui, c’est bien connu. Tout passe par le jeu ! Et lorsqu’il s’agit de s’habiller par exemple, on peut jouer à ce bon vieux "Jacques a dit". On ne change pas une équipe qui gagne ! "Jacques a dit mettez la chaussure droite !", "Jacques a dit mettez le bonnet ou enlevez le manteau", "ah non, perdu, j’ai pas dit 'Jacques a dit'". Egalement dans les grands classiques, il y a la course, toujours efficace. On peut y insérer des courses spéciales d’animaux, la course du crabe en pas chassés, la course des oiseaux en battant des ailes, la course des fauves en rugissant… Autant de petits moments qui vous assurent de grands moments de solitude face aux voisins du troisième. Autre botte secrète, la chanson ou l’occasion de réveiller le Christophe Maé ou la Louane qui sommeille en vous et de composer à votre enfant une petite chanson personnalisée, ponctuée de rimes riches. Vous pouvez d’ailleurs l’écrire ensemble autour des étapes importantes pour se préparer le matin. Enfin, pour toujours tisser un peu plus de lien, vous pouvez raconter à votre enfant comment c’était pour vous, de vous préparer, quand vous étiez petits. Raconter comment vous alliez à l’école de votre temps, comment vous vous prépariez, s’il vous est déjà arrivé d’être en retard, comment vous l’aviez vécu. L’idée n’est pas de vous comparer, ni de lui dire qu’il ou elle doit faire comme vous, on vous rappelle que c’était il y a 30 ans, mais plutôt d’ouvrir cette porte-là chez vous. Celle de l’enfance et donc celle du cœur !