Quand tout va mal, se tourner vers ce qui nous élève

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Que faire lorsque l'on a l'impression que sa vie s'écroule ? Se tourner vers le beau, vers ce qui nous élève, ou vers le Kintsugi, un art japonais ancestral.

Anne, aujourd’hui, vous êtes comme nous tous : dévastée !

Je suis en empathie totale avec les habitants des îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy, rasées par le cyclone Irma. Comme vous, je suis émue d’entendre les premiers témoignages, de voir ces photos de maisons déchiquetées, d’arbres déracinés, de balafres dans le bitume.

Alors, oui, parfois la vie nous propose d’expérimenter ces moments-là, quand tout s’écroule, quand tout tombe en morceaux dans nos vies, de manière visible (quand c’est le cas pour du matériel) ou invisible (rappelons qu’il y a aussi beaucoup de blessures que l’on ne peut pas voir à l’œil nu : une peine de cœur, la perte d’un proche, une maladie, un harcèlement au travail, un syndrome post-traumatique). Tout ceci ne laisse pas de traces physiques et pourtant en profondeur, elles font un monumental travail de sape.

Oui, on ne sait jamais ce qui se passe dans la vie des gens ! Et on en fait tous malheureusement l’expérience !

Alors qu’est-ce qu’on fait Anne, quand tout s’écroule ? 

Dans ces cas-là, se tourner vers l’art, vers le beau, vers ce qui nous élève, et vers tous ceux dont la mission est de transformer le plomb en or, de transmuter, est toujours une bonne option ! Voir souvent, à peu près tout ce qui nous reste ! Je vous propose donc aujourd’hui de nous intéresser à un art ancestral japonais. Et en terme de catastrophe naturelle, de séisme, et même d’accident nucléaire ou juste de Bombe H, je peux vous dire qu’ils en connaissent un rayon, les japonais, et que l’on a beaucoup à apprendre d’eux !

Quand, par exemple, le vase en porcelaine posé sur la cheminée, celui que vous avez rapporté de votre lune de miel à Venise en 1988, se casse. En France, en Occident, quand le ballon du petit heurte un objet précieux, généralement, son destin est de rejoindre le dépotoir le plus proche. Alors que dans la tradition céramique asiatique, il en est différemment : l’objet brisé peut trouver un nouveau souffle et continuer ainsi sa vie grâce au Kintsugi. Le Kintsugi, ça vient de Tsugu, en japonais, qui veut dire "réparer et relier".

C’est un art d’origine japonaise qui consiste à exalter la beauté de pièces en céramique cassées et rien de mieux qu’un peu de poudre d’or pour sublimer et recoller les morceaux de la céramique cassée et ainsi obtenir un résultat certes imparfait, mais bien plus esthétique.

Cette tradition de la "Jointure d’Or" date du 15ème siècle environ, lorsque le Shogun Ashikaga a envoyé un bol chinois cassé en Chine pour une restauration. Sauf que quand ils ont reçu la pièce restauré, avec de vilaines agrafes métalliques, les artisans japonais se sont dit qu’il fallait leur envoyer la "fashion police" d’abord, et ensuite qu’il fallait qu’ils se mettent sérieusement au travail pour trouver une autre manière bien plus esthétique de réparer en permettant une renaissance de la pièce originelle.

Mais surtout, et c’est là que c’est beau : grâce au Kintsugi, sur le marché de l’art, ces bols, ces vases réparés sont vendus à prix d’or (c’est le cas de le dire) bien plus chers que s’ils étaient restés intacts !

Et si nous aussi, on mettait nos cicatrices en valeur ? Et si, nous aussi, on passait un petit coup de pinceau doré dessus, pour leur donner une deuxième vie, bien plus belle que la première ? Et si nous aussi, on ne voyait plus nos bleus, nos coups, nos cicatrices comme des dommages ou des traces de détérioration, mais plutôt comme une possibilité de changement et d’amélioration ?

Alors vous aussi, élevez vos imperfections à une véritable forme d’art !