Pour Halloween, faites tomber votre masque... de sauveur

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Certains aiment revêtir le costume de sauveur pour venir en aide aux autres. Mais attention, "derrière chaque sauveur, se cache un bourreau qui s'ignore".

Chaque jour, on s’élève un peu plus grâce à la chronique Antidote.

Namaste ! Ça ne vous a pas échappé, demain c’est Halloween. Sauf qu’en développement personnel, pas besoin d’une fête américaine glauque et sans intérêt (si ce n’est se faire racketter en pépito par les enfants des voisins du deuxième !) Non, parce qu’en développement personnel, on va plutôt essayer de faire tomber les masques, de se débarrasser des costumes que nous portons malgré nous et de ceux que l’on se choisit, bien volontiers, souvent à tort. Et si aujourd’hui, on retirait notre cape de sauveur ?

Que se passerait-il si vous ne faisiez rien ? A vous, l’éternel ami disponible, à vous, qui vous inquiétez tout le temps pour les autres, à vous, qui prenez parti pour les plus faibles dans les conflits, à vous, le soutien sans faille pour vos proches, à vous, qui allez même au devant du besoin des autres, à vous, qui conseillez,et qui trouvez des solutions pour tout le monde… A vous, petits Saint-Bernard, qui trouvez parfois un peu trop lourd le petit tonneau que vous avez accroché autour du cou. A vous, infirmières en puissance, qui n’attirez dans votre couple que des hommes qui ont besoin d’être sauvés. A vous, qui vous sentez un peu à l’étroit dans votre rôle de sauveur : avez-vous déjà essayé, juste pour voir, de ne pas interférer, de ne pas vous interposer dans une situation, de déposer ce casque bleu des Nations Unies, que vous portez depuis si longtemps au bureau, au déjeuner de famille, au repas de Noël où vous vous érigez en défenseur de la veuve et de l’opprimé, juste pour maintenir l’harmonie du clan ? Avez-vous déjà essayé de voir ce qui se passerait, si vous ne faîtes rien ? Là, où je vous invite à réagir, c’est si déjà cette idée, vous remplit de culpabilité. Oui parce que chez notre ami le sauveur, la culpabilité domine, et il viendra en aide à tout prix, même s'il n'en a ni l'envie, ni la capacité, pour éviter de se sentir coupable de ne pas faire ce qu'il faut.

Le triangle dramatique. Parce qu’en fait, en prenant le rôle de sauveur, (que l’on croit "noble", "valorisant", en croyant passer pour "de bons amis" auprès de nos proches, de "bons enfants" pour nos parents) on se met le doigt dans l’œil jusqu’au coude ! Parce que si le rôle de sauveur est très gratifiant d'un point de vue narcissique, le problème, c’est que le sauveur manque gravement de discernement et d’objectivité ! Oui, il ne distingue pas toujours un danger ou une injustice réelle subie par un être cher, d’une simple émotion désagréable, d’un défi difficile à relever ou d’une conséquence déplaisante à assumer. Ainsi face à un enfant qui a mal ou qui est dans le pétrin, un parent-sauveur va par exemple chercher à faire disparaître sa douleur, à régler le problème à sa place et trouvera, au besoin, un coupable à juger et à blâmer. Et c’est là, que l’on déroule le tapis rouge au triangle infernal. Celui qui a nourri la narration de la quasi-totalité du cinéma, des séries, des dessins animés, le fameux triangle dramatique, une figure d’analyse transactionnelle théorisé par Stephen Karpman dans les années soixante : le triangle sauveur-bourreau-victime. Et ce qui est malheureusement triste, c’est que les terrains de jeu pour expérimenter ce triangle sont multiples, divers et variés. Il y a le triangle père/mère/enfant, frère/sœur/parent, collègue/collègue/patron, le triangle entre trois amis ou trois groupes de personnes (grands-parents, famille recomposée de l’ex-conjoint, personnel de l’école, etc.).

Pour aider quelqu'un, il faut qu'il y ait demande. Pour ce qui est de notre ami "sauveur", il intervient souvent sans demande, en pensant à la place des autres, en étant certain de ce qui sera bon pour l’autre. A ce titre-là, le psychanalyste Guy Corneau rappelle dans son livre Victime des autres, bourreau de soi-même, que la base pour aider quelqu’un, la meilleure manière de l’aider, c’est qu’il soit en demande. Et dans "demande", il y a donc "formulation de la demande". Parce qu’en fait, à bien y regarder, quand on revêt son costume de sauveur, la plupart du temps, personne ne nous a sifflé ! Alors, oui, il est peut-être temps de lâcher ce vieux rôle. Parce qu’à bien y regarder, derrière chaque sauveur, se cache un bourreau qui s’ignore et qui n’écoute pas la part de victime en lui qui lui hurle en sourdine, de s’occuper de sa propre souffrance plutôt que de tout projeter sur celle des autres !