Plutôt que de transmettre vos angoisses à vos enfants, donnez-leur confiance

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Anne Cazaubon livre mercredi ses conseils aux parents angoissés. Elle leur recommande, plutôt que d'hurler "Tu vas tomber", par exemple, d'être concret avec les enfants en leur donnant une information mais sans avertissement afin de le laisser juge de sa capacité à gérer une situation.

On prend une grande inspiration pour éviter de s’énerver ! Parce que c’est mercredi, que j’aperçois d’ici votre salon sens dessus-dessous, votre déco industrielle, votre canapé taupe et vos coussins vert pomme qui en ont pris un sérieux coup, et que vous êtes en train de perdre beaucoup de terrain face à l’invasion des Playmobil pirates et My little pony! Parce que je suis là, que je vous regarde, que je vous ai à l’œil, si votre main se lève et que je sais faire les brûlures indienne. Oui, même quand vous ne me voyez pas, je suis quand même là, bien calée sur votre épaule, tel Jiminy Cricket, la voix de la conscience, pour vous souffler quelques conseils d’éducation positive.

"Tu vas tomber!". Alors revenons à notre programme du mercredi après-midi. Pour éviter de voir vos murs repeints au feutre indélébile en mode "grotte de Lascaux version Bonhomme têtard", vous avez opté pour une virée au parc. Là, vos enfants se ruent vers les toboggans, les araignées, les ponts de singe et autre attractions susceptibles de vous faire terminer la journée aux urgences. Enfin ça, c’est ce que vous croyez, et c’est ce que vous projetez ! Alors quand le petit dernier monte tout en haut du toboggan, vous vous entendez lui hurler "Tu vas tomber !".

Les ondes négatives atteignent l'enfant. Vous, vous lâchez ça, comme ça, sans y penser, en projetant votre angoisse, qui ne parle que de vous, et certainement pas de lui. Sauf que vos ondes négatives vont quand même l’atteindre. Oui, parce que le cerveau de l’enfant fonctionne par images et que pour lui, entendre "tu vas tomber" entraîne une image négative dans laquelle il se voit "littéralement tomber". Peut-être qu’il ne tombera pas au final, mais reconnaissez qu’il est bien plus difficile de réussir avec une image d’échec dans la tête. Au lieu de cela, les consignes "positives" vont plutôt déclencher des images positives. Par exemple : "Accroche-toi bien au mur","Prends bien appui sur les branches","Garde toujours une main accrochée".

Alors, je sais, vous faites ce que vous pouvez mais parfois, c’est plus fort que vous. Toute la journée, tiraillés entre vos peurs de parents et les envies d’autonomie de vos enfants vous vous entendez jouer le même disque rayé : "Tu vas tomber !", "tu vas le casser !", "tu vas tout renverser !", "Tu vas te faire mal".

Neuf fois sur dix il ne se passe rien. Pourtant, vous avez remarqué ? Neuf fois sur dix, il ne se passe rien. Absolument rien. Votre enfant monte sur le muret mais ne tombe pas. Il débarrasse le lave-vaisselle, mais ne casse pas l’assiette. Il se sert un verre de jus d’orange mais ne le renverse pas.

Or, ce que vous voulez au fond, c’est lui donner confiance en lui, pour qu’il vous lâche la main. Ce qu’on veut au final, c’est faire grandir ses capacités d’initiatives, qu’il puisse seul, évaluer son risque. Alors on va d’abord essayer d’être concret, parce juste lâcher un "Fais attention !", "prends soin de toi" ou "sois prudent(e)", là encore, ça ne fait pas "image" chez le jeune enfant, ça ne représente pas grand-chose pour lui. Il ne sait pas à quoi ça se raccroche. On peut donc lui donner un renseignement, une information mais SANS avertissement ou jugement puisque l’idée est de le laisser juge de sa capacité à gérer la situation. Vous allez donc l’informer : "C’est dangereux de monter sur ce muret, il est très haut". On peut également l’informer que "Ce rocher est glissant".

Laisser l'enfant trouver une solution. On peut aussi proposer son aide à l’enfant, tout en respectant ses besoins :"Tu peux escalader ce toboggan et je reste à côté de toi" ou alors "je suis prêt(e) à te tenir la main si tu en as besoin" ou encore "Je sais que parfois, ça peut être difficile de verser de l’eau, tu peux me demander de l’aide si tu trouves que la bouteille est trop lourde !". On peut enfin lui proposer des solutions ou laisser l’enfant trouver une solution par lui-même. Une fois qu’il est sur le mur, on peut lui proposer : "Que préfères-tu : descendre ou me donner la main ?". On peut même ajouter : "Ou alors, trouve un autre moyen de monter sur le muret en me montrant que tu ne risques pas de tomber". Et là, vous allez voir, que plutôt qu’angoisser, vous allez vous surprendre à admirer les fulgurances de votre enfant, ce génie, qui tient tout cela de vous bien sûr !