"Peu de gens savent pourquoi ils portent leur prénom"

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Le choix du prénom n'est jamais le fruit du hasard. "Le prénom projette souvent ce que projettent les parents de l’enfant", explique Anne Cazaubon.

C’est mercredi, et le mercredi, on s’occupe des petits…

Et de comment on va les appeler toute notre vie. Enfin plutôt la leur d’ailleurs… Oui parce que le prénom, ce n’est jamais le fruit du hasard et c’est souvent même, le prolongement d’un projet parental, narcissique, parfois et souvent totalement inconscient ! Alors comme, je le répète, mais j’aime bien ça, en développement personnel, on s’échine à mettre toujours plus de conscience dans nos vies ! Je vous invite donc, si vous ne l’avez pas déjà fait, à poser la question à vos parents, pour commencer, si vous le pouvez, à leur demander pourquoi ils ont choisi le prénom que vous portez.

C’est ce que j’ai fait il y a quelques temps, ce qui a donné lieu à un magnifique moment de flottement, un long silence gêné, et ce regard perdu entre mes parents qui m’a définitivement convaincu de resigner pour une année supplémentaire de thérapie ! Oui parce que je suis née dans un hôpital qui s’appelle Sainte-Anne, rien à voir avec l’hôpital psychiatrique, je vous rassure. Mais longtemps donc, j’ai cru dur comme fer, que mes parents n’avaient aucune idée de la manière dont ils allaient m’appeler et qu’ils avaient pris ce qui venait. J’ai par la suite longtemps brûlé des cierges à Sainte-Anne, la remerciant de ne pas s’être appelée, Hildegarde !

Mais revenons à nos moutons ou plutôt, à nos prénoms ! Oui, finalement, peu de gens savent pourquoi ils portent le leur, de prénom. A ce moment précis de la chronique, j’ai une pensée de compassion et d’amour universel pour cette petite Périphérique, née il y a trois ans et qui se retrouve certainement aujourd’hui dans une classe remplie de Gabriel, Louise, Emma, Jade, Jules ou Raphaël, les prénoms stars de 2018.

Le prénom de l’enfant, on y pense longtemps avant la naissance, souvent même avant sa conception…

Oui, c’est une sacrée responsabilité ! Parfois, certaines mamans donnent à leur fille le prénom qu’elles avaient donné à leur poupée, petite. C’est vous dire si le projet remonte à loin ! Toujours est-il que rien n’est anodin dans le choix d’un prénom. Le prénom projette souvent ce que projettent les parents de l’enfant, de manière inconsciente bien sûr. Un prénom d’artiste, pour réaliser leurs rêves inachevés, le prénom d’un enfant-mort, pour "réparer" ou "consoler", le prénom soufflé par la grand-mère, pour lui faire plaisir, un prénom masculin auquel on a ajouté un "e" à la naissance parce que tu comprends, on était sûr que ce serait un garçon, un prénom-composé "parce qu’avec ton père, on n’a pas réussi à tomber d’accord". Un jour ou l’autre de toute façon, il sera important de raconter à l’enfant d’où vient son prénom s’il pose la question. Et tôt ou tard, elle viendra.

Mais là où ça devient intéressant, c’est dans tout ce que nous dit la psycho-généalogie. Vous le savez, la répétition, c’est l’inconscient qui nous joue des tours. Ça devient percutant, au sens premier du terme, dans la répétition de dates. La date de naissance d’un enfant qui intervient 100 ans tout juste après celle d’un ancêtre, la naissance d’un autre qui se télescope avec la mort d’une arrière-grand-mère, la lignée de premier fils dans une famille qui portent tous le prénom de l’aïeul mort au front à Verdun… Sans compter tout ce qui se passe pendant la gestation, les plus ou moins heureux événements.

Oui, l’arrivée d’un enfant, ce sont deux arbres généalogiques qui se rencontrent, et qui poussent, dans l’inconscient, pour poursuivre les histoires inachevées plus haut dans les deux arbres puisque si les parents se rencontrent, ça n’est jamais un hasard ! Pour ceux qui sont mordus de série télé, c’est un peu comme si vous écriviez au quotidien un crossover. Il y a ceux qui souhaitent sortir du lot, qui ne veulent rien faire comme tout le monde et dont la quête d’originalité guide les choix et il y a ceux qui choisissent la simplicité ou le classique. Mais ce que chacun ignore, c’est que c’est malgré eux, qu’ils auront fait ce choix !