Nos enfants nous tendent le miroir de nos blessures intérieures

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Pour être le parent que l'on souhaite réellement être, il est indispensable de se rendre compte des injustices que l'on a vécues en tant qu'enfant.

Le mercredi, c’est le jour des petits. Le jour des petits, enfermés à la maison parce qu’il fait trop froid dehors, parce qu’il neige. Et le mercredi, si c’est le jour des enfants, c’est parfois moins, celui des parents. Et vous êtes là, à vous voir tourner en bourrique, monter dans les tours… Oui, parfois, face à vos enfants, vous ne vous reconnaissez plus. Je me souviens de cette maman à un goûter d’anniversaire, qui n’arrêtait pas de répéter devant son enfant : "Il me cherche, je te jure, il me cherche." Et on l’a tous entendu cette phrase, petit "si tu me cherches, tu vas me trouver", avec des conséquences plus ou moins graves ou violentes pour la suite de la scène selon les enfances de chacun. Mais ça n’est pas là que j’ai envie de vous emmener. Quoi que ! C’est peut-être là, justement, dans votre propre enfance, que tout se joue, que ce lien aujourd’hui, parfois conflictuel avec votre enfant, prend sa source. Ça n’est peut-être pas la peine de chercher là, aujourd’hui, mais hier, dans votre passé.

C'est comme si les enfants avaient le don d'appuyer exactement là où ça fait mal

C’est vrai ça ! Pourquoi certaines attitudes ou réactions des enfants sont-elles si difficiles à supporter ? C’est comme s’ils avaient le don d’appuyer exactement là où ça fait mal, parfaitement là, où vous allez exploser en plein vol et le regretter amèrement plus tard. La vraie question que je vous invite à vous poser, c’est : "Pourquoi est-ce que j’ai, par exemple, du mal à supporter les pleurs de mon bébé, la colère de ma petite fille, la peur du noir de mon fils ?" Mais surtout, d’aller un peu plus loin dans l’exploration, de vous demander : "Est-ce que moi, quand j’avais peur le soir, on venait me réconforter ? Est-ce que quand je pleurais, on accourait pour moi ?" Peut-être que ces interrogations intérieures vont vous mettre sur la piste. Ça marche aussi dans l’autre sens : "Pourquoi est-ce que je m’observe en permanence couper tout sentiment de joie chez mon enfant ?" On vient de lui offrir un cadeau, il saute au plafond et je me vois faire, à tout de suite tenter d’étouffer sa joie, de le gronder inutilement. Ça le rend triste, et ça me rend triste mais je ne comprends pas bien pourquoi.

Et puis, attention, ça ne s’arrête pas à la petite enfance, ce serait trop beau, pensez-vous. Quand les enfants grandissent aussi, on peut réagir de manière inappropriée. Quand l’adolescent vit ses premières expériences amoureuses, on peut s’observer en train de tout lui interdire et se découvrir "jaloux", en réalisant qu’à l’adolescence, justement, nous n’avons pas eu le droit de vivre pleinement ces premiers émois, que nous n’avons jamais été accompagnés dans cette découverte du sentiment amoureux et de la sexualité. Alors "l’adolescent en nous ne voit pas pourquoi il offrirait cela à son propre enfant", si lui, ne l’a pas eu. Ou plus tard encore, réaliser que l’on est jalouse de sa fille qui fait un mariage d’amour (et non de raison), que son fils s’est fabriqué tout seul le job de ses rêves, alors que vous avez passé 40 ans dans la même boîte sans sourciller, et sans vibrer pour votre travail.

Votre enfant vous invite à revisiter vos blessures d'enfance

Alors oui, peut-être que votre enfant vous cherche, mais la bonne nouvelle c’est qu’il vous cherche pour votre bien ! En se comportant comme il se comporte, que ce soit un comportement à risque, agité, ou tout à fait serein et posé, sur son chemin de vie, mais qui vous agace quand même, votre enfant ne fait qu’agiter un petit drapeau rouge pour vous inviter à venir revisiter vos blessures d’enfance. Il vous pousse ainsi à venir écouter ce petit enfant intérieur en vous qui sommeille et qui cherche du soutien. Comment le sait-il ? Il n’en a absolument aucune idée. Vous le savez, les enfants sont de fabuleuses éponges, qui captent absolument tout sur leur passage de manière totalement inconsciente. Notamment le moindre de vos troubles d’adulte.

La belle nouvelle, c’est que les mœurs évoluent aujourd’hui, et qu’ils sont nombreux les jeunes ou moins jeunes parents à souhaiter se diriger vers l’éducation positive. Les grands-parents ne sont pas en reste aussi. Ils ont souvent reçu une éducation dite "traditionnelle", à grand renfort de punition, d’humiliation, parfois de violences corporelles et découvrent que leurs petits-enfants ne sont plus élevés ainsi. Bref, les temps changent (et personne n’est là pour juger et encore moins cette chronique). Non, la seule chose à retenir, c’est que se rendre compte des injustices que l’on a vécues en tant qu’enfant est une étape indispensable pour devenir le parent que l’on souhaite réellement être.