"L'overview effect" pour prendre de la hauteur sur le quotidien

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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"L'overview effect", "la vue d'ensemble" en français, est une prise de conscience que ressentent les astronautes en quittant la Terre. Il change le regard que nous portons sur la vie en oubliant les problèmes du quotidien.

Namaste ! Définitivement, le développement personnel est partout. Si, si. Les enseignements et les leçons de la vie sont tout autour de nous, pour qui veut bien les voir. La preuve ! Vendredi soir, une amie chère m’avait invitée à un concert à l’AccorHotels Arena de Bercy et pour être tout à fait franche, je ne m’attendais à rien. On sait ce que c’est, les concerts des "légendes de la musique", c’est souvent à double tranchant. On les a écoutées en boucle dans nos discmans et on a peur d’être déçue, de constater qu’ils ont vieillis et que nous aussi, par la même occasion, parce que c’est un concert "assis". C’est vrai que parfois, ces concerts nostalgiques font plus de mal que de bien. Mais c’était sans compter sur ce septuagénaire rondouillard, jovial et rieur derrière ses lunettes à paillettes vertes, un peu serré dans sa redingote à flamants roses qui s’est élancé sur scène, avec un plaisir non dissimulé, laissant ses petits doigts boudinés faire une promenade de santé sur l’immense piano à queue noir.

Devant nous, là, sur scène, celui que la reine avait anobli en 98, le remerciant pour l’ensemble de son œuvre musicale, mais aussi pour sa participation à certaines œuvres de bienfaisance, Sir Elton John ! Cette chanson, c’est "Rocket Man", l’un des cartons de 1972. Des paroles écrites par Bernie Taupin qui décrivent les sentiments d'un astronaute qui part en mission dans l'espace, loin de sa famille. Un texte qui s’inspire d'une nouvelle de Ray Bradbury, "L'Homme de l'espace", "Rocket Man". Sur l’écran géant, derrière Elton John, sont projetées des images de la planète Terre qui s’éloigne, certainement ce qu’a vu Thomas Pesquet depuis son hublot en quittant le sol. Et ce qu’ignorent les 20.000 personnes qui leur adolescence, les yeux dans les étoiles, la larme à l’œil, et le briquet allumé à la main, c’est que nous sommes tous en train de vivre "par procuration", ce que l’on appelle "l’overview effect". En bon français de France, on appelle cela "la vue d’ensemble".

Une "épiphanie spirituelle". C’est l’astronaute américain Ron Garan (qui a fait un voyage sur la Station spatiale internationale en 2008) qui raconte que "quand on regarde la Terre depuis l'espace, on y voit une planète incroyablement belle. Elle ressemble à un organisme vivant, qui respire. Mais à la fois, elle semble aussi très fragile". Cette expérience (qui n’a été donnée à vivre qu’à seulement quelques-uns d’entre nous) fait même l’objet de recherches, tant elle pourrait changer la manière dont nous abordons la vie, le regard que nous posons sur les choses, le recul et le discernement dont cela pourrait nous doter. Les scientifiques parlent même d'"épiphanie spirituelle", d’ouverture d’esprit...

C’est vrai que, de si haut, nos problèmes quotidiens, notre petit nombril, la haie du voisin qui n’est pas bien taillée, le collègue un peu colérique, la panne de la SNCF, plus grand-chose n’a vraiment de prise sur nous, sur notre moral. Désormais, vous savez ce qu’il vous reste à faire pour ne plus vous laisser toucher par la morosité ambiante, pour ne plus vous laisser gangrener par les mauvaises ondes. Vous saurez quoi dire quand on vous demandera : "Et toi, tu prends quoi pour aller mieux ?" La tête dans les étoiles, mais les pieds bien sur terre, vous pourrez répondre : "Moi, je prends de la distance !"