Le pouvoir de s'émerveiller, une capacité à entretenir

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Une expérience réalisée aux Etats-Unis a démontré que nous ne faisons pas assez attention à ce qu'il y a de beau dans notre quotidien.

Et voici la chronique Antidote !

Aujourd’hui, je voudrais vous parler du regard que l’on pose sur les choses. D’ailleurs est-ce vraiment le nôtre ? Parce qu’entre les œillères que l’on porte depuis si longtemps, ce que voit notre père, notre mère, la société, ce que l’on ne veut pas voir, de notre vie, de notre relation amoureuse, à ce rythme-là, un diamant pur serait là sous nos yeux, sur le trottoir, qu’on ne le verrait même pas ! C’est d’ailleurs ce qu’a voulu prouver une équipe de scientifiques que parfois, souvent, ils sont là tout autour de nous les diamants mais qu’on passe devant. Pire, on les klaxonne ou on les piétine ! L’expérience a donc été réalisée par le Washington Post dans le métro.

Un matin de Janvier 2007, ils ont demandé au violoniste Joshua Bell de venir jouer six morceaux de musique classique pendant trois-quarts d’heure dans une station de métro très fréquentée. C’était impossible de deviner à son accoutrement que ce musicien de rue était en réalité l’un des violonistes parmi les plus brillants au monde, et qu’il s’apprêtait à jouer six pièces classiques parmi les plus difficiles sur un Violon Stradivarius Gibson fabriqué en 1713, d'une valeur de trois millions et demi de dollars.

Et comment ont réagi tous ces passants ?

C’était là la grande question : combien de personnes se rendant à leur travail dans ce matin froid de janvier allaient donc s'arrêter et remarquer le talent du maestro Joshua Bell ? La veille, vous imaginez bien que les paris allaient bon train. Dans le pire des scénarios, selon les experts, le musicien devait récolter au moins 150 $ de la part des passants en récompense de son talent. Le jour J, Joshua Bell a donc joué 45 minutes. Sur les 1.087 personnes qui sont passées devant lui, seules sept se sont arrêtées quelques instants dont un enfant de trois ans. Au total, il a reçu 32 dollars - dont 20 laissés par l'unique personne qui l’avait reconnu. Pour info, trois jours plus tôt, Joshua Bell jouait sur la scène de l'opéra de Boston, dans une salle bondée, où le siège coûtait 100 $.

Qu’elle a été la conclusion de l’expérience ?

"Dans un environnement ordinaire, à une heure inappropriée, sommes-nous capables de percevoir la beauté, de nous arrêter pour l'apprécier, de reconnaître le talent dans un contexte inattendu ?" Visiblement pas selon les chercheurs. Mais le plus surprenant, c’est que parmi toutes les personnes qui sont passées devant le violoniste ce matin-là, on ne peut pas vraiment distinguer qu’une catégorie se soit plus arrêtée devant Joshua Bell qu'une autre. On ne peut pas dire que les personnes d’origine asiatique se soient senties plus interpellées, ou que les femmes aient davantage adressé un regard au musicien. En revanche, il y a bien quelque chose que l’on voit à la caméra et de façon systématique, c’est que dès qu’un enfant passe devant le violoniste, il cherche à s’arrêter pour écouter la musique. Et aussitôt sa mère ou son père le tire par la main pour avancer et s’éloigner du beau. Alors, oui, les enfants ont un don incroyable par rapport aux adultes : ils ont le pouvoir de s’émerveiller. Et de là à dire qu’en grandissant, qu’en devenant adulte nous perdons cette capacité-là, il n’y a qu’un pas. Et vous, dans votre quotidien, arrivez-vous à vous arrêter devant la beauté du monde ?