Le Blue Monday, une formidable opportunité d’aller rencontrer sa tristesse

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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En ce lundi de Blue Monday, jour le plus déprimant de l'année, Anne Cazaubon vous invite à embrasser la tristesse que tout le monde vous pousse à camoufler en permanence. Se glisser sous la couette, pleurer un bon coup, regarder un film super triste : allez-y, aujourd'hui c'est votre chance. Après on en parle plus.

Comme tous les jours, c’est avec elle que l’on termine cette émission. Anne Cazaubon et sa chronique de développement personnel Antidote.

Sa chronique qui n’a jamais aussi bien porté son nom j’ai envie de dire (oui, le lundi, je parle de moi à la troisième personne, ça double mon taux de globules rouges). Blague à part, c’est vrai qu’Antidote n’a jamais aussi bien porté son nom qu’en ce Blue Monday. Vous savez, ce fameux lundi noir (ou bleu, on s’y perd), dont les médias vous répètent sans relâche depuis ce matin que c’est le jour le plus déprimant de l’année, puisque selon quelque étude obscure, tantôt prouvée, tantôt désavouée, ce troisième lundi de janvier réunirait des critères infiniment déprimants : température glaciales, absences de soleil, dettes post fêtes de fin d’année (oui, les caisses sont vides), prochain salaire dans 15 jours (pour ceux qui en ont un), pas de vacances de prévues avant des mois, bonnes résolutions déjà oubliées ou piétinées. Ça, plus une bonne gastro carabinée et votre compte est bon !

Non, non, tout doux, je vous rappelle qu’on a choisi la vie, qu’on lui a même dit OUI. Et justement c’est à ce OUI que je voudrais qu’on s’intéresse aujourd’hui. Parce que depuis ce matin, les spécialistes et experts se bousculent sur les plateaux télé, pour vous distiller, çà ou là, de bons conseils pour vous accrocher au pinceau, parce que janvier a ôté l’échelle. Dans Antidote, loin de moi l’envie de vous parler d’un énième petit truc pour vous aider à mieux dormir, à vous mettre la tête dans l’halogène en guise de luminothérapie du pauvre, ou de distiller 12 bougies chauffe-plat sur votre cheminée. Ces techniques sont des remèdes, certes, qui, j’espère vous aideront jusqu’à la prochaine déprime (demain au plus tard). Parce que si le soit-disant Blue Monday (et tout ce que l’on vous vend autour) à une prise sur vous. C’est que c’est plus profond que cela. Parce qu’en fait, à bien y regarder, ça commence à durer cet état de "spleen" que vous ressentez, cet état lacrymal latent, ce trop-plein sur le point de déborder.

Qu’est-ce vous préconisez dans ces cas-là ?

Et bien, parce que je vous respecte, chers auditeurs, parce qu’on se parle les yeux dans le micro dans Antidote vous et moi depuis des mois, et parce que vous méritez la vérité. Cette tristesse, que tout le monde vous invite à étouffer, à maquiller, à camoufler, à planquer, je vous invite à l’embrasser. Mais attention, on fait pas le déplacement pour rien. À pleine bouche ! Plutôt que de tenter de colmater les brèches dans une opération cache-misère, tel un petit mousse qui écoperait son esquif, pour ne pas se laisser déborder par ses émotions, je vous invite à décréter que cette journée, ce Blue Monday, est une formidable opportunité d’aller rencontrer cette tristesse. UN jour par an ! C’est pas cher payé. Et votre chance, c’est que c’est aujourd’hui ! Après on en parle plus. Mais autant y aller à fond !

Alors allez-y, rentrez chez vous, glissez-vous sous la couette, envoyez-les tous paître parce qu’ils ne vous méritent pas. Pleurez un bon coup. Faites-vous un film super triste (Le tombeau des lucioles, La ligne verte, Alabama Monroe ou le dernier épisode de 6 feet under peuvent très bien faire le job !). Les films, la musique aussi, peut vous aider à vider votre citerne de larmes intérieures. Rien de tel qu’un petit Requiem de Mozart, à écouter en position fœtale sur votre lit. Parce que quand on se choisit la voie du développement personnel, on sait que certes, ce sera un peu douloureux, que ça peut coûter cher en budget mouchoirs. Mais quand on comprend qu’un jour, la fontaine de larmes se tarit, que toute cette eau, ne fait qu’hydrater notre âme, que cette tristesse que vous ressentez au fond (ou que vous taisez, c’est selon) n’a pas vraiment besoin qu’on lui maintienne la tête sous l’eau en tentant de la faire disparaître. Parce qu’un pas important vers un état de sérénité intérieur, c’est d’abord, de reconnaître notre tristesse profonde. Et si pour commencer, au moins UN jour par an, on prenait le temps d’être triste.