La dictature du "like" chez les adolescents

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Anne Cazaubon évoque l’impact des réseaux sociaux sur la construction des adolescents d’aujourd’hui, et la nécessité pour les parents de les aider à relativiser l’importance des Facebook, Instagram ou Twitter. 

Tous les jours avec elle, on plonge à l’intérieur pour toujours mieux se développer. Et Anne Cazaubon, le mercredi, on s’occupe des petits !

Des petits, des moyens, des grandsn et de leur construction intérieure, de leurs fondations intérieures même, de la manière dont ils se présentent au monde, et surtout dont on les y prépare (c’est là que vous intervenez parents, adultes, référents, profs, famille, entourage). Parce que pour les nouvelles générations, il y a le monde concret, réel, et le virtuel. L’image que l’on a dans la cour de récré et celle que l’on a sur les réseaux sociaux.

Oui, Je vous parle de la dictature du like. Qui plonge un certain nombre d’adolescents dans les bas-fonds de la mauvaise estime de soi, et de la déprime, voire de la dépression. Parce qu’à bien y regarder, parfois, une cour de collège ou la vie sur Instagram (ou Snapchat) n’a rien à envier à un régime nord-coréen!

  • Comment on peut aider nos enfants à affronter ce monde-là ? Comment on peut les y préparer ?

En leur faisant un joli cadeau. Un cadeau pour plus tard, qu’ils ne réaliseront peut-être pas tout de suite. Mais croyez-moi, qui peut faire beaucoup pour eux, et pour la réalisation de leurs potentiels.

C’est-à-dire : leur rappeler que c’est OK de ne pas être aimé par tout le monde. Que c’est OK de ne pas faire l’unanimité. Que c’est aussi ça la vie, que c’est ainsi qu’on installe son originalité (attention, je ne parle pas de harcèlement scolaire, entendons-nous bien.) Je parle de votre enfant de 5 ans qui n’est pas invité à tous les goûters d’anniversaires de la classe (mais à un certain nombre tout de même), je parle de votre adolescente qui se morfond dès que l’intégralité de ses amis n’a pas liké son énième selfie et qui scrute son smartphone, en position fœtale sur son lit, attendant désespérément que le nombre de « cœurs » augmentent.

C’est le bon moment pour rappeler à votre enfant votre amour inconditionnel que quoi qu’il ou elle fasse, il ou elle peut compter sur votre soutien, sur vos encouragements. Qu’il ou elle n’a pas besoin de prouver à qui que ce soit la magnifique personne que vous avez là, devant vos yeux.

Mais surtout, surtout, lui expliquer que certes, comme le dit l’adage « on ne peut pas plaire à tout le monde ». Et lui dire que peu importe sa nature profonde, ses qualités, son caractère, ses aptitudes particulières, de toutes façons, l’Autre avec un grand A ne le rencontrera qu’à la hauteur, de ce qu’il s’est déjà rencontré lui-même. Si l’autre me renvoie quelque chose que je n’ai pas encore découvert en moi, ou une partie de moi que je veux taire (ma part d’artiste, une connaissance de moi-même, un dépassement de soi, un talent caché, ou une grande tristesse, une enfance difficile qui suinte), je ne vais pas arriver à entrer en lien avec lui, comme je n’arrive pas à entrer en lien avec cette partie de moi.

Oui, afficher sa différence, son originalité, parfois, peut tendre un magnifique miroir à l’Autre, et peut-être que l’Autre justement n’est pas DU TOUT prêt à regarder en face, cet aspect de lui.

La vérité c’est que l’on promène tous notre personnalité, notre unicité, notre sensibilité dans nos vies et que certains y sont moins réceptifs que d’autres parce que ceux-là, ont justement du mal à accueillir ces parties-là, de leur Etre. Comme c’est nouveau pour moi, cela me fait peur et si j’ai peur, je peux fuir, je peux rejeter, je peux humilier (sans vraiment comprendre), que c’est avant tout à moi que je fais du mal que c’est justement cette partie de moi qui hurle à l’intérieur, qui me demande à être pleinement reconnue mais que je bâillonne pour qu’elle arrête de m’embêter, et de créer tous ces séismes intérieurs. Si votre enfant grandit sous la perfusion de votre amour inconditionnel depuis le plus jeune âge, sous vos hourras et applaudissements à la moindre avancée notoire dans sa vie, c’est un fabuleux tapis rouge que vous l’aider à dérouler à l’adulte qu’il deviendra pour gérer ses relations plus tard, pour l’aider à trouver sa place dans le monde, sans attendre l’approbation générale.

Parce qu’à l’âge adulte, si les fondations sont fragiles, l’histoire se répète. Il y a le bonheur affiché et fabriqué sur Instagram, et l’image que l’on donne de soi dans l’Open-Space. On les connait ces collègues qui ne vous rendent pas votre « bonjour » le matin dans le couloir alors que vous n’êtes que tous les deux à vous croiser (d’ailleurs on a tous une petite liste de noms que l’on tient à jour à ce propos). Sauf que ce qu’il ignore, le dit-collègue c’est qu’il ne s’est pas « rencontré » lui-même et c’est pour cela, qu’il ne peut pas rencontrer l’autre. Alors oui, c’est exactement sur ce terrain-là que l’on peut aider les enfants, les jeunes qui nous entourent, leur rappeler que c’est avant tout « leur différence, qui fera TOUTE la différence ».