Faut-il complimenter ou encourager les enfants ?

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Aujourd'hui, Anne Cazaubon se penche sur les différences entre complimenter un enfant et l'encourager. A priori minime, l'écart entre ces deux termes veut dire beaucoup de choses dans l'éducation de nos petits.

Anne Cazaubon, le mercredi, c'est le jour des petits !

Oui, et il serait peut-être temps qu’on les encourage. Je me souviens de cette petite fille qui s’était approchée de sa mère, l’air triomphant, et qui avait déclaré : "Je crois que je vais me mettre à peindre." Je me souviens aussi de la réponse de la mère, cinglante : "Hum… tu te sens une âme d’artiste ?" Alors, certes, on fait comme on peut, avec ce qu’on a ou ce que l’on nous a donné. À ce petit jeu-là, je suis certaine que vous êtes comme moi, que vous aussi, vous l’avez fait… Bah, vous savez, votre enfant, votre neveu, votre petit-fils, la fille de l’un de vos amis vient vous voir, alors que vous êtes en pleine discussion à table ou en pleine séance de bronzage au soleil, donc très occupé. L’enfant s’approche, tranquillement, avec un dessin à la main, quelque chose à mi-chemin entre Gerhard Richter et Mark Rothko. Et là, vous y jetez un vague coup d’œil en lançant un "oh comme c’est joli". Au fond de vous, vous vous dites, que vous avez bien fait, que vous avez encouragé cet enfant et la relève artistique de la même manière. Sauf que vous n’avez fait que complimenter !

Quelle est la véritable différence entre "complimenter" et "encourager" un enfant ?

Quand je complimente, je formule une appréciation positive sur quelque chose de passé, révolu, sur un état, une action accomplie. Je peux en effet, dire "tu es gentille parce que tu as fini ton assiette". Même si, vous en conviendrez, ça n’a pas vraiment de rapport ni de lien. Je considère que ma fille est gentille si elle finit son assiette. Beaucoup de psychologues mettent en garde contre les compliments qu’ils jugent contre-productifs. Oui, à force de s’entendre dire qu’ils sont gentils, beaux ou intelligents, les enfants pourraient ressentir une certaine pression, une certaine attente : "Si mon dessin n’est pas beau, on ne m’aimera pas. Si je n’ai pas ce concours de piano, ce prix de gymnastique, cette bonne note en maths, je serais moins aimable et moins aimée." Oui, on peut devenir également accro au compliment, se perdre dedans, et en oublier parfois pourquoi on fait les choses. Et peut-être plus tard, faire ce que l’on fait uniquement pour le nombre de like ou le SMS d’une mère. Autre détail majeur, le compliment ferme la porte à la discussion : on colle une étiquette et puis c’est tout. Ça n’invite pas au mouvement et au changement.

Alors que si j’encourage mon enfant, il va pouvoir progresser ?

Tout à fait. J’aime bien cette phrase de Rudolf Dreikurs, ce psychiatre et enseignant autrichien qui disait que "L’encouragement est à l’enfant ce que l’eau est à la plante". Et en ce lendemain de printemps, en cette période d’éclosion florale, je voudrais vous inviter à encourager ces nouvelles pousses que vous observez autour de vous chez les enfants, mais peut-être aussi nourrir vos projets qui commencent à voir le jour. Et pour le reste, je vous invite à faire un tour sur le site "Apprendre à éduquer"  qui regorge de bonnes pratiques à mettre en place à la maison. Où l’on apprend qu’encourager, c’est d’abord remercier : "Merci de m’avoir aidé à mettre le couvert" ; "ça rend la préparation des repas bien plus agréable", "j’apprécie vraiment quand tu ranges ta chambre". "Bravo, tu as fait toute seule ce dessin, tu as visiblement utilisé beaucoup de peinture pour ce dessin. Comment est-ce que tu l’as fait ? Que vas-tu faire ensuite ? Raconte-moi ce que tu as voulu dire, j’adore te regarder créer." 

Et puis de temps en temps, lâché comme ça, on peut toujours glisser un "je suis tellement fière d’être ta mère ou ton père". Peu importe l’âge de l’enfant d’ailleurs, ça marche aussi pour les grands enfants. Oui, pour éviter d’avoir à réparer des adultes blessés, et si on prenait soin de nos petits. Et par là-même, de notre enfant intérieur : en me comportant comme j’aurais aimé que l’on se comporte avec moi à un âge plus jeune, je répare quelque chose de profond en moi.