"Et si vous mesuriez enfin votre côté unique ?"

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Ce lundi, Anne Cazaubon souffle un vent de nostalgie dans sa chronique "Antidote". Elle évoque le caractère unique d'un flocon de neige, aussi unique que chaque individu.

Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous offrir une petite chronique de saison. Oui, alors, je vais calmer tout de suite les mauvaises langues qui diront que j’ai choisi la facilité. C'est différent : j’ai choisi la nostalgie.

Absolument unique. Ce matin, je regardais tranquillement par la fenêtre ces flocons tomber doucement, là, devant moi. Je me suis revue petite fille, avec mes deux tresses, aux côtés de ma grand-mère, dans les Hautes-Pyrénées, le nez collé à la vitre avec une loupe pour découvrir que chacun de ces flocons étaient absolument unique ! Que ces lames étincelantes pouvaient s’emboîter parfaitement les unes avec les autres jusqu’à fabriquer en un clin d’œil des sculptures à couper le souffle.

Nature de génie. Je ne sais pas vous, mais moi, je ne me remets toujours pas de cette info. Il y en a un autre dans ce cas-là, c’est Wilson Alwyn Bentley, qui, du fin fond de sa grange en janvier 1885, du haut de ses 19 ans, réalise l’impossible, à ce moment-là. Il photographie un grain de neige, un cristal glacé, une sorte d’étoile à six branches incroyablement symétrique, faite de lignes droites et de courbes parfaites, comme si elle avait été dessinée par un géomètre ou un artiste de génie. Et je peux vous dire que franchement, quand on est artiste, architecte, graphiste, peintre et que l’on se rend compte que tout mais alors absolument tout est dans la nature, bien plus beau que ce que nous tenterons un jour d’accomplir, ou de copier, on repose son pinceau et on laisse son cœur tourbillonner dans une bourrasque de flocons de neige.

Tous avec la même structure, mais chacun est unique. Notre ami Wilson Alwyn Bentley, lui a tenté toute sa vie de découvrir le secret des flocons. Imaginez-vous, à 40 ans à photographier plus de 5.000 flocons. A se demander pourquoi chacun d’entre eux avaient 6 branches, pas 5, ni 7, non, 6. Tous ont la même base : 6 branches, mais chacun est différent. Un peu comme nous fondamentalement. On a tous des corps différents, mais aussi, une éducation différente, une enfance différente. On a tous été façonnés par les événements, les épreuves que l’on a traversées. Et prendre en considération cette information, la digérer en conscience, forcément, ça nous donne un autre regard sur les autres. En tout cas, ça nous oblige à l’adopter. Parce qu’au fond, on ne sait jamais ce que les gens ont enduré, ce qu’ils ont traversé dans leur enfance…et ce qu’ils donnent à voir… et ce qu’ils planquent bien au fond, mais qui suintent dans leur vie, ce qu’ils essaient d’étouffer mais qui hurle à l’intérieur.

Observez. Alors en cette période de grand froid, plutôt que de pester sur les embouteillages que la neige peut provoquer, ou sur le maire de votre ville qui n’aura pas assez salé les routes, et si vous mesuriez enfin votre côté unique ? Et si vous acceptiez enfin que personne d’autre n’est comme vous, que vous sortez du lot, comme chacun sort du lot puisqu’au fond, il n’y a pas de lot, nous sommes tous unique. Une fois, que vous aurez réalisé cela, je vous invite, à retourner en maternelle deux minutes, à retrouver vos cinq ans et à marcher sous la neige en ouvrant grand la bouche pour tenter de gober le maximum de flocons d’un seul coup.